Le Centre Pompidou-Metz consacre une rétrospective à François Morellet (1926-2016), figure majeure de l’abstraction géométrique. Intitulée François Morellet. 100 pour cent, l’exposition réunit une centaine d’œuvres couvrant plus de 70 ans de création, de 1941 à 2016. Conçue par le commissaire Michel Gauthier, cet événement inaugure les célébrations nationales du centenaire de la naissance de François Morellet. Elle met en lumière une œuvre fondée sur une tension fertile entre rigueur mathématique et dérision visuelle. Du 3 avril au 28 septembre 2026.
« Morellet, fils monstrueux de Mondrian et Picabia »
Dès les années 1950, après la découverte au Brésil de l’art concret de Max Bill (1908-1994), François Morellet adopte un vocabulaire géométrique élémentaire et met en place des protocoles de création destinés à neutraliser la subjectivité du geste. Les œuvres résultent alors de systèmes rigoureux : grilles, trames, calculs et parfois tirages aléatoires à partir d’annuaires ou des décimales du nombre π. Cette stratégie vise à déconstruire le mythe de l’artiste inspiré au profit d’un art programmé où la règle devient moteur esthétique. Mais chez François Morellet, cette rigueur s’accompagne toujours d’un humour discret : l’absurde et l’imprévisible viennent perturber les structures et introduisent une dimension critique dans le langage de l’abstraction.

Paris, Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, AM 1985-494 © Adagp, Paris, 2026 Centre Pompidou, MNAM-CCI/Audrey Laurans/Dist. GrandPalaisRmn
De l’optique cinétique dans les années 60 aux installations lumineuses
François Morellet rejoint le Groupe de Recherche d’Art Visuel en 1960, aux côtés de Julio Le Parc. Ensemble, ils explorent les possibilités de l’art optique et cinétique afin de déstabiliser la perception du spectateur. Les trames géométriques produisent des interférences visuelles tandis que la lumière électrique devient un matériau privilégié. Néons clignotants, structures métalliques ou dispositifs lumineux transforment progressivement la surface picturale en environnement perceptif. L’œuvre cesse d’être seulement tableau pour devenir expérience. Cette orientation fait de François Morellet l’un des précurseurs du minimalisme et de l’installation, tout en affirmant une esthétique où la rigueur conceptuelle dialogue avec une forme assumée de « déraison optique ».

François Morellet, Esprit d’Escalier Simulation-Vitraux, (2007)
Le chef-d’œuvre discret de Morellet dans l’escalier Lefuel du Louvre
Parmi les interventions architecturales de François Morellet, l’une des plus subtiles se trouve au cœur du Musée du Louvre. En 2010, dans le cadre de la politique de commande publique du ministère de la Culture, François Morellet conçoit L’Esprit d’escalier, un ensemble de vitraux installés de manière pérenne dans l’escalier Lefuel de l’aile Richelieu. Cet escalier monumental, édifié entre 1852 et 1858 par l’architecte Hector Lefuel, constitue l’un des témoignages les plus remarquables de l’architecture du Second Empire. François Morellet intervient avec une extrême retenue dans cet espace baigné de lumière : il fragmente les vitrages existants en superposant un dessin inversé de la grille métallique originelle, réalisé selon la technique traditionnelle des maîtres verriers. Le motif géométrique se dédouble, se décale et trouble imperceptiblement la perception du visiteur. Fidèle à sa démarche, François Morellet transforme une structure préexistante en jeu visuel subtil, où la rigueur mathématique se mêle à une ironie discrète. L’intervention résume l’essentiel de son œuvre : un équilibre rare entre précision formelle, intelligence architecturale et plaisir du regard.
© Archives François Morellet / Adagp, Paris, 2026
100 pour cent : Un dialogue durable avec l’architecture et la ville
L’exposition du Centre Pompidou-Metz souligne la dimension architecturale du travail de François Morellet. Dès les années 1970, François Morellet investit l’espace urbain avec des interventions monumentales qu’il qualifie de « désintégrations architecturales ». Fidèle à cette approche, la rétrospective se prolonge hors les murs avec la réactivation d’une œuvre protocolaire monumentale sur la façade du technicentre SNCF voisin du musée à Metz. Ce geste inscrit l’exposition dans la ville et rappelle combien l’œuvre de François Morellet dialogue avec l’architecture et le paysage. En inaugurant le programme national du centenaire, la rétrospective Morellet invite ainsi à reconsidérer l’influence durable de l’artiste sur les pratiques contemporaines, de l’art conceptuel aux installations lumineuses.
Infos pratiques
Le musée est ouvert tous les jours sauf le mardi : de 10 h à 18 h du lundi au jeudi et jusqu’à 19 h du vendredi au dimanche. Un catalogue illustré de 224 pages, publié par les éditions du Centre Pompidou-Metz, accompagne l’exposition (35 €).
Accès : 1 parvis des Droits-de-l’Homme, 57000 Metz.
Informations et billetterie : centrepompidou-metz.fr












