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Étiquette : restaurant

  • Ouistiti, le restaurant qui fait vibrer les épicuriens

    Ouistiti, le restaurant qui fait vibrer les épicuriens

    À deux pas de la gare Saint-Lazare à Paris, le restaurant Ouistiti s’impose comme l’une de ces adresses où l’on vient pour dîner… et où l’on reste pour célébrer la joie de vivre. Dans ce lieu chaleureux imaginé par deux couples d’amis, tout invite à la gourmandise : un bar en zinc d’époque qui scintille sous les lumières du soir, une cuisine solaire et une atmosphère qui bascule doucement du chic décontracté à la fête assumée.

    Le nom lui-même donne le ton : « ouistiti » est le nom vernaculaire donné à des petits singes du Nouveau Monde. Selon le naturaliste Leclerc de Buffon, ce mot viendrait tout simplement de leur cri aigu. Un mot joyeux, presque enfantin, qui évoque la spontanéité et la convivialité, soit exactement l’esprit du lieu. En effet, chez Ouistiti, cette idée prend la forme d’un dîner qui s’étire, d’un cocktail qui pétille et d’une musique qui invite à se lever de table.

    La cuisine du chef joue la carte d’une bistronomie généreuse. Les assiettes arrivent colorées, vibrantes, pleines de produits frais et de saison. Poulpe grillé avec justesse, filets de dorade délicats, risotto aux morilles : chaque recette cherche l’équilibre entre gourmandise et légèreté. Le midi, l’adresse attire les habitués du quartier qui viennent savourer une pause élégante. Mais dès le soir venu, le repas se transforme en moment de partage plus expansif : tapas à picorer, desserts réconfortants et verres qui s’entrechoquent dans un joyeux brouhaha.

    Chez Ouistiti, le bar est bien plus qu’un décor : c’est le théâtre d’une véritable performance. Le mixologue, Geoffroy Lebris, y orchestre une carte de créations signatures où les ingrédients dialoguent comme dans une recette de chef. Le cocktail maison, baptisé Ouistiti, mêle Gin, liqueur de sureau, infusion fleur de pois papillon, bergamote et tonic mediterranean. D’autres créations jouent la délicatesse florale ou l’exotisme fruité, tandis qu’une version sans alcool, Wakari, associe mangue, passion et fève de tonka pour une gourmandise tropicale. Les verres circulent, les conversations s’animent, et l’on comprend vite que le cocktail est ici une expérience sensorielle à part entière.

    Du mercredi au samedi, la magie opère pleinement. Les lumières se font plus douces, la musique monte, et le restaurant révèle sa dimension festive. Maxim, chanteuse invitée, revisite la soul, la pop et le disco des années 1980, transformant peu à peu la salle en piste de danse improvisée. Ce qui frappe surtout, c’est l’atmosphère : on ne se sent pas dans un restaurant mondain mais chez des amis qui savent recevoir. Le personnel accueille chacun avec une simplicité chaleureuse qui donne envie de revenir, encore et encore. Dans un Paris toujours en quête de lieux où l’on savoure pleinement l’instant, Ouistiti incarne cette gourmandise de vivre : bien manger, bien boire, et célébrer la joie d’être ensemble.

    INFOS PRATIQUES
    Ouistiti Paris – 58, rue de l’Arcade, 75008 Paris
    Réservation : 06 07 08 10 48 / 01 55 06 10 75
    Métro : Madeleine / Saint-Lazare.
    Cuisine bistronomique le midi et le soir, cocktails le soir.
    Déjeuners et dîners, soirées festives du mercredi au samedi. Privatisation possible sur demande.
    Le site du restaurant : ouistiti-restaurant.fr

  • Restaurant Nonno Nino : la culture byzantine est dans l’assiette

    Restaurant Nonno Nino : la culture byzantine est dans l’assiette

    Dans l’éclat d’une dorade et sa mosaïque de légumes suivie d’un tiramisu au limoncello, une mémoire remonte à la surface : celle des Pouilles, entre Orient et Occident, entre gestes culinaires et héritage byzantin. Chez Nonno Nino, le restaurant italien situé au 10 rue Brémontier (Paris 17e), Kevin Negro ne se contente pas de cuisiner l’Italie : il exalte les saveurs d’un patrimoine artistique.

    Né dans le sud de l’Italie, Kevin Negro a grandi au contact d’une cuisine généreuse, façonnée par la lumière méditerranéenne et par la pluralité culturelle des Pouilles. Après un détour par le design d’intérieur, il choisit la cuisine comme langage. L’assiette devient sa toile, le restaurant Bonno Nino son atelier.

    Dans les Pouilles, l’art byzantin est partout : dans les absides peintes, les fresques rupestres, les dômes ornés de mosaïques. L’oratoire de Casaranello (Ve siècle) offre un ciel étoilé comme une promesse d’éternité. Entre le VIIIe et le XIe siècle, la domination byzantine imprègne l’architecture, les icônes, et les rites.

    À Paris, cette esthétique se transpose dans les plats de Kevin Negro. La dorade et sa mosaïque de légumes reprend le principe du fragment coloré assemblé en un tout harmonieux. Verts tendres, rouges profonds, et jaunes lumineux rappellent les compositions byzantines, où le regard se perd dans la brillance des tesselles dorées.

    Chez Nonno Nino, la carte 2025 déploie un répertoire qui pourrait s’apparenter à un cycle pictural. Les viandes y tiennent le rôle des figures héroïques : Scaloppina al tartufo, noble escalope de veau aux champignons et truffe noire, ou Cotoletta alla milanese, panée avec la précision d’un maître verrier. Chaque cuisson est pensée comme un travail de matière, à la manière des fresquistes byzantins qui appliquaient les pigments sur le plâtre encore humide.

    Le repas s’achève sur une note dorée, presque liturgique : un limoncello accompagné de trois desserts emblématiques : tiramisu, panna cotta, tortino al cioccolato. Le jaune solaire du limoncello rappelle les fonds d’or des icônes, tandis que le tiramisu, dont le nom signifie « emmène-moi au ciel », semble dialoguer avec les anges peints des fresques apuliennes.

    >Pour en savoir plus sur le restaurant italien (Paris 17e) nonnonino.fr

    Antonella Eco

  • Alain Passard, le chef de l’Arpège découpe les saisons comme Matisse ses papiers

    Alain Passard, le chef de l’Arpège découpe les saisons comme Matisse ses papiers

    À l’Arpège, son restaurant triplement étoilé de la rue de Varenne à Paris, le chef breton cisèle le goût comme un plasticien travaille la couleur. Pour Alain Pässard, une sauce se monte avec un sourire, un copeau de beurre salé et un soupçon de lumière. Ce n’est pas une formule : c’est une esthétique, un art de vivre. Quand il déclare sur France Inter que « son métier le fait sourire tous les matins », on comprend qu’il parle moins d’un travail que d’un engagement sensoriel, poétique et total.

    Devant les œuvres,Alain Passard parle comme en cuisine : de vibrations, de textures, de nuances. Il regarde les légumes comme d’autres regardent un nu ou une nature morte. Une tomate n’est pas une tomate : c’est un camaïeu de rouges, un récit de terroirs. L’oseille rouge l’inspire comme une gouache rubis, le citron vert devient céladon au contact du miel d’acacia et de l’huile d’olive. À chaque couleur, son plat ; à chaque plat, son image. Car Passard cuisine aussi avec les ciseaux et la colle. Depuis plus de vingt ans, Alain Passard crée des collages à partir de ses recettes. Le plat naît parfois avant l’image, parfois après. Ce va-et-vient entre cuisine et collage révèle une même quête : celle de l’harmonie. Dans ses œuvres sur papier, les titres évoquent autant la gastronomie que la peinture : « Émotion pourpre au parmesan », « Navets mauves et pommes de terre nouvelles à la tomate rouge », « Avocats soufflés au chocolat noir »… Le sommaire de ses livres se lit comme un recueil de poésie culinaire, où l’on devine autant Chardin dans la lumière des légumes que Matisse dans la découpe des formes.

    « La cuisine est un voyage »,
    Alain Passard

    La vie d’Alain Passard commence en 1956 à La Guerche-de-Bretagne. Issu d’une famille de musiciens, il grandit entre piano et saxophone. Très jeune, il choisit la cuisine, entre en apprentissage à 14 ans, passe par La Chaumière à Reims, puis rejoint Alain Senderens à L’Archestrate. Il a 26 ans lorsqu’il devient le plus jeune chef doublement étoilé au Guide Michelin. En 1986, il reprend L’Archestrate, le rebaptise « L’Arpège » en hommage à la musique, et décroche une à une les étoiles. La troisième arrive en 1996. Il ne la lâchera plus.

    Mais c’est en 2001 qu’il surprend tout le monde : il retire la viande rouge de sa carte pour se consacrer aux légumes. Visionnaire ? Provocateur ? Passard préfère dire qu’il suit son intuition. Il achète trois potagers (dans la Sarthe, l’Eure et la Manche) pour nourrir lui-même ses créations. Il y fait pousser ses couleurs. Il récolte ses gammes. Le jardin devient atelier. Les saisons, matières premières. Chaque mois a sa palette. L’été explose, l’automne crépite, l’hiver s’efface en nuances pâles.

    Son potager est aussi son studio. À l’instar d’un Picasso, le motif Arlequin s’invite dans une jardinière. Peut-on parler d’un cubisme culinaire ? Une évidence face à sa ratatouille « bigouden » au beurre salé, mi-crue mi-cuite, qui évoque la mosaïque des xenia antiques. Chaque plat est une escale. Chaque collage, une carte sensible.

    En 2016, une émission de la série Chef’s Table lui est consacrée. En 2019, ses pairs lui décernent le prestigieux Chef’s Choice Award dans le classement World’s 50 Best Restaurants. Ses livres s’arrachent, ses collages s’exposent. Passard devient une figure transversale, entre gastronomie et arts visuels.

    Ce qui frappe dans son geste, c’est l’intuition. Il y a chez lui du musicien improvisateur, de l’artisan exigeant, du voyageur immobile. La cuisine devient un théâtre silencieux, un espace de transfiguration. Un radis peut devenir icône. Une assiette, vitrail.

    Alain Passard compose une œuvre double : éphémère dans l’assiette, pérenne sur le papier. Il ne cherche pas à figer le vivant, mais à lui donner un second souffle. Son art ne se dit pas, il se goûte, se regarde, se respire. Un art total, en somme. À déguster des yeux, le sourire aux lèvres.