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mercredi 21 octobre 2026
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« Cent (mille milliards de) poèmes » : Quand la poésie combinatoire de Raymond Queneau préfigurait l’IA

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Soixante-cinq ans après sa parution originale et alors que l’on commémore les 50 ans de la disparition de Raymond Queneau (1903-1976), les éditions Gallimard propose une nouvelle édition « raisonnée » de  « Raymond Queneau et l’OuLiPo – Cent (mille milliards de) poèmes ». Une façon de faire revivre cette œuvre phare de la poésie combinatoire qui résonne plus que jamais avec nos révolutions numériques.
Le livre original est découpé en languettes permettant de choisir chaque ligne d’un sonnet.

Le 7 juillet 1961, Gallimard publie un livre-objet totalement original : Cent mille milliards de poèmes de Raymond Queneau. Composé de dix sonnets découpés en bandes horizontales vers par vers, cet ouvrage interactif invite le lecteur à composer ses propres rimes. Comme l’explique Queneau dans son « mode d’emploi », l’inspiration ne vient pas des cadavres exquis surréalistes, ce jeu littéraire qui consiste à composer un texte à plusieurs mains. Elle émane du livre pour enfants Têtes de Rechange (ou Têtes folles), publié en 1948, et qui joue du pêle-mêle. En combinant les vers selon la métrique du sonnet, le poète co-fondateur de l’OuLiPo (Ouvroir de Littérature Potentielle) est dans la droite ligne de l’esprit de ce mouvement littéraire qui allie lettres et mathématiques. Il met au point une véritable « machine » générative. La combinatoire offre en effet un potentiel théorique de sonnets différents, garantissant une lecture quasi infinie… de quoi avoir à lire pendant près de… deux cents millions d’années !

« Une machine à fabriquer des poèmes »

Bien avant l’apparition des grands modèles de langage et de l’intelligence artificielle générative, Raymond Queneau citait déjà Alan Turing (1912–1954), le père de l’informatique théorique, en exergue de son mode d’emploi : « Seule une machine peut apprécier un sonnet écrit par une autre machine ». En appliquant des contraintes mathématiques rigoureuses au langage naturel – le socle fondateur de l’OuLiPo -, Raymond Queneau et ses comparses comme le mathématicien François Le Lionnais ou l’écrivain Georges Perec, ont anticipé le fonctionnement même de l’IA contemporaine : un système algorithmique de règles, de probabilités et de permutations au service de la création textuelle.

En pleine commémoration des 50 ans de la mort de Raymond Queneau (25 octobre 1976), Cent (mille milliards de) poèmes continue d’inspirer les créateurs. Quatorze oulipiens ont participé à cette re-création. Les héritiers de Queneau sont nombreux, parmi lesquels l’écrivain Hervé Le Tellier, prix Goncourt, qui la préface – en tant que président de l’OuLiPo – de cette édition réinventée. Cette fois, les poèmes ne se présentent plus sous forme de bandelettes mais sous celle d’un ouvrage classique. Si les sonnets originaux restent les mêmes, l’appareil critique a été largement augmenté et la mécanique du jeu littéraire est décryptée et complétée par la publication d’archives. Il s’agit désormais davantage d’une exploration littéraire que d’un pur jeu de l’esprit.