Une statuette féminine préhistorique aux formes généreuses a été mise au jour à Amiens. Réalisée dans un seul bloc de calcaire, la sculpture vieille de 23 000 ans constitue un témoignage exceptionnel de la culture gravettienne en Europe.
Une mise au jour archéologique majeure dans la Somme
Les archéologues se souviendront longtemps de l’été 2019. Lors de fouilles préventives menées dans le quartier de Renancourt à Amiens, une équipe de l’Inrap a extrait du sol une sculpture extraordinaire. Il s’agit d’une statuette féminine sculptée dans la craie et exceptionnellement bien conservée. Les spécialistes ont rapidement mesuré l’importance de cette découverte pour la compréhension du Paléolithique supérieur. L’œuvre d’art affiche des attributs morphologiques très prononcés. Elle présente notamment une stéatopygique marquée, un terme scientifique qui désigne un volume fessier particulièrement développé. La statuette arbore également des cuisses et des seins hypertrophiés. Ces caractéristiques anatomiques volontairement exagérées s’inscrivent dans les canons esthétiques et symboliques de la préhistoire.
Le témoignage précieux de l’époque gravettienne
Cette figurine haute de quatre centimètres a été façonnée il y a environ 23 000 ans. Elle correspond parfaitement aux critères stylistiques de l’époque gravettienne, une culture qui s’est étendue en Europe entre 28 000 et 22 000 ans avant notre ère. Les artisans de cette période accordaient une attention particulière à la représentation des formes féminines. Les détails de la sculpture révèlent un savoir-faire technique remarquable pour l’époque. La tête de la statuette est coiffée d’une résille minutieusement réalisée à l’aide de fines incisions. En revanche, les extrémités du corps restent volontairement épurées. Clément Paris, directeur des fouilles pour l’Institut national de recherches archéologiques préventives, précise que le visage est représenté sans traits et que les bras sont juste esquissés.
Une œuvre d’art comparée aux plus grandes Vénus de la préhistoire
La Vénus d’Amiens rejoint immédiatement le cercle très fermé des représentations féminines paléolithiques majeures. Ses lignes généreuses rappellent inévitablement la célèbre Vénus de Willendorf découverte en Autriche et vieille de 30 000 ans. La finesse de sa coiffe évoque quant à elle la célèbre Dame à la capuche de Brassempouy mise au jour dans les Landes. Cette parenté stylistique pose de fascinantes questions sur la circulation des idées et des symboles à travers l’Europe préhistorique. Les experts notent toutefois des différences notables avec d’autres œuvres contemporaines. Par exemple, la Vénus de Galgenberg affiche une silhouette beaucoup plus fine, ce qui préserve le caractère absolument unique et singulier de la découverte picarde.