Charlotte Moorman (1933-1991) est une violoncelliste et artiste de performance américaine majeure de l’avant-garde du XXe siècle. Surnommée la « Jeanne d’Arc de la Nouvelle Musique », elle a brisé les frontières entre la musique classique et les arts plastiques en intégrant des objets du quotidien et de la vidéo à ses créations sonores. Le Château de Montsoreau – Musée d’art contemporain rend hommage à cette artiste hors norme. En décembre 2019, l’exposition met en lumière celle qui a fait de la musique une véritable matière à création plastique.
Une musicienne prodige adoptée par l’avant-garde
Charlotte Moorman naît en 1933 à Little Rock. Dès l’âge de 11 ans, elle se prend de passion pour le violoncelle. Une décennie plus tard, elle intègre la prestigieuse Julliard School de New York. Très vite, la jeune femme refuse les codes stricts de la musique classique. Elle souhaite changer le répertoire du violoncelle. Les violoncellistes devaient alors transcrire des partitions pour violon ou piano. Charlotte Moorman choisit une autre voie : celle de l’improvisation. Son talent fascine les plus grands noms de l’époque. Nam June Paik, Yoko Ono et Joseph Beuys rejoignent son cercle proche. La violoncelliste se lie également avec John Cage. Le compositeur utilise les bruits du monde comme source de création. De son côté, elle invente un nouveau rapport à l’interprétation. À chaque performance, elle questionne la frontière entre le son et l’art visuel.
Libérer les sons et contester l’esthétique
Charlotte Moorman collabore avec Wolf Vostell ou encore Joseph Byrd. Ensemble, ils décomposent les partitions classiques en éléments abstraits. L’artiste conteste l’esthétique traditionnelle en utilisant des objets du quotidien. Elle intègre à ses performances des appareils électroménagers, du papier, la radio ou la vidéo. Cette démarche visionnaire annonce les performances artistiques. En 1981, elle confie au magazine Art in America sa volonté de libérer les sons. Pour elle, les définitions académiques sont des chaînes autour de l’artiste. Moorman invite alors le public à désapprendre les règles reçues à l’école. L’histoire retient aussi son audace face à la censure. En 1967, la police de New York l’arrête en pleine rue pour sa performance Opéra Sextronique. Cette arrestation forge sa légende. Trente ans plus tard, la ville de New York lui rend un vibrant hommage. Le 11 janvier 1989 est officiellement décrété « Charlotte Moorman Day », deux ans seulement avant son décès.
> Exposition « Charlotte Moorman » au Château de Monsoreau – Musée d’art contemporain