Les chaussures envahissent les musées en 2020 : « Marche et démarche » au Musée des Arts décoratifs à Paris, Christian Louboutin au Palais de la Porte Dorée à Paris, « Playground – les sneakers à la conquête du monde » au Musée des Arts décoratifs et du design à Bordeaux.
Dans une planche photo qui décompose le mouvement, datée de 1887, et intitulée Homme enlevant son canotier, Eadweard Muybridge montre ce que la marche apporte à l’élégance. Sabot, escarpin, botte, sandale, mocassin… la chaussure amplifie les aptitudes du corps. Les progrès technologiques de l’immédiat après-guerre engendrent une fascination pour une esthétique futuriste en rupture avec les canons anciens. Quelques expériences sont tentées en termes de chaussures, notamment par Paco Rabanne, dès 1965. > Jusqu’au 22 mars 2020.
Le Palais de la Porte Dorée, lieu d’inspiration pour les premières créations de Christian Louboutin, comme le soulier Maquereau ou le soulier Pigalle, présente à partir du 25 février, l’exposition »L’exhibition{niste} ». Une large sélection de souliers y est exposée pour redécouvrir l’univers du créateur français. Mais ce n’est pas tout ! Ces chaussures sont accompagnées de projets en collaboration avec des artistes chers à Mr Louboutin comme le réalisateur américain David Lynch, l’artiste multimédia néo-zélandaise Lisa Reihana ou encore le plasticien pakistanais Imran Qureshi. > Du 25 février au 28 juillet 2020.
A Bordeaux, c’est une toute autre exposition à laquelle les marathoniens de la culture peuvent assister. Dès le 26 mars, le Musée des Arts Décoratifs et du Design accueille une exposition mettant en avant, non le soulier de luxe, mais la basket. Y sont exposées plus de 500 paires de chaussures. Quel est l’impact de la culture sneakers depuis le début du XXième siècle ? Parmi les modèles les plus emblématiques, ceux des années 20 à nos jours. Pendant longtemps les sneakers figuraient comme un symbole du mouvement Hip- Hop et de l’affirmation sociale culturelle de certaines minorités. Aujourd’hui, rares sont ceux qui n’ont pas une paire de sneakers à la maison. Avec la même approche que pour une oeuvre d’art, le Madd expose la chaussure et met en avant son histoire dans son exposition »Playground – Les sneakers à la conquête du monde » pour le plus grand plaisir des sneakerheads. > Du 26 mars au 27 mars 2020.
Photo de couverture : Paire de chaussures d’Iran, début du XVIIe siècle – Musée des arts décoratifs de Paris – Copyright Hugues Dubois
FAQ – L’Histoire de la Chaussure : de la Protection à l’Art
1. Quelle était la fonction première de la chaussure dans l’Antiquité ?
Dans l’Antiquité, la chaussure était avant tout un outil de protection et un marqueur social. Si les Égyptiens utilisaient des sandales en papyrus pour se protéger de la chaleur du sable, les Romains ont transformé la chaussure en symbole de rang. Par exemple, la caliga (sandale cloutée) était réservée aux soldats, tandis que la couleur et la forme des chaussures indiquaient la classe sociale du citoyen.
2. Comment la chaussure est-elle devenue un symbole de statut à la Renaissance ?
C’est à la Renaissance que la chaussure quitte le domaine du pur utilitaire pour celui de l’ostentation. L’apparition des chopines (chaussures à plateformes pouvant atteindre 50 cm) à Venise servait à élever physiquement les femmes de la noblesse, les rendant dépendantes de serviteurs pour marcher. La chaussure devient alors un objet de luxe impraticable, prouvant que celui qui la porte n’a pas besoin de travailler.
3. Quel rôle Louis XIV a-t-il joué dans l’esthétique de la chaussure ?
Louis XIV a révolutionné la mode masculine en imposant les talons rouges. Ce détail esthétique était un privilège royal : seuls les membres de la cour autorisés par le Roi Soleil pouvaient arborer cette distinction. C’est l’une des premières fois où la chaussure est traitée comme une pièce de design politique et artistique, une tradition de « semelle distinctive » que l’on retrouve aujourd’hui chez Christian Louboutin.
4. Quand la chaussure a-t-elle intégré le monde de l’art contemporain ?
Le basculement s’est opéré au XXe siècle avec des créateurs comme Roger Vivier (inventeur du talon aiguille moderne) ou Salvatore Ferragamo, qui considéraient leurs créations comme des sculptures. Aujourd’hui, des designers comme Iris van Herpen utilisent l’impression 3D pour créer des chaussures qui ne sont plus destinées à la marche, mais à l’exposition dans des musées (comme le MET ou le Victoria & Albert Museum), les élevant au rang d’œuvres d’art sculpturales.
5. Pourquoi la « Sneaker » est-elle aujourd’hui considérée comme une œuvre d’art ?
La chaussure de sport est devenue un objet de collection (collectible) grâce au phénomène de la culture sneaker. Des modèles iconiques font l’objet de collaborations avec des artistes (ex: Virgil Abloh, Tom Sachs) et atteignent des prix record lors de ventes aux enchères chez Sotheby’s ou Christie’s. Ce n’est plus seulement un accessoire de mode, mais un atout financier et culturel qui témoigne de l’histoire du design urbain.Note historique : La plus vieille chaussure en cuir connue au monde, la chaussure d’Areni-1, date de $3500$ av. J.-C. Elle était faite d’une seule pièce de cuir de vachette, montrant que même il y a 5 500 ans, le design et l’ergonomie étaient déjà au cœur des préoccupations humaines.