Amadeo Modigliani s’éteint le 24 janvier 1920 à l’âge de 36 ans seulement. Cent ans plus tard, son héritage artistique fascine toujours autant les collectionneurs du monde entier. Seungyong Chang, président du Modigliani Institute Korea, analyse aujourd’hui la signature visuelle unique du maître italien. L’artiste est célèbre pour ses visages allongés aux traits mélancoliques. Ses personnages arborent souvent des yeux sans pupilles qui interrogent le spectateur. Ce style iconique puise ses racines dans un mélange d’influences classiques et primitives. Modigliani arrive à Paris en 1906 et sa vie change radicalement. Il rencontre alors le sculpteur Constantin Brancusi qui lui transmet le goût de la forme pure.
L’artiste vénitien considère le bonheur comme un ange au visage grave. Pour représenter la femme idéale, il s’inspire des formes longilignes de la Grèce antique. Les masques africains marquent aussi durablement son œuvre graphique et sculptée. Ses personnages possèdent des yeux en amande inspirés du mot grec amugdale. Cette forme devient une véritable signature visuelle synonyme de plaisir créatif. Le peintre atteint le sommet de son art en 1917 avec sa célèbre Femme assise à la robe bleue. Cette année-là marque pourtant un scandale majeur lors de son exposition chez Berthe Weill. La police demande le retrait de quatre nus jugés indécents à cause de leur réalisme.

La symbolique complexe des yeux dans l’œuvre moderne
L’évolution artistique de Modigliani se divise en trois phases distinctes selon Seungyong Chang. La première période conserve les traces de sa formation classique en Italie. À son arrivée dans la capitale française, son pinceau commence à s’éloigner du réalisme pur. Les yeux deviennent progressivement flous ou totalement noirs dès l’année 1908. Le passage à la sculpture en 1909 accentue cet effet de vide minéral. Les yeux sans pupilles s’imposent définitivement dans ses toiles à partir de 1912. En 1915, il introduit une asymétrie troublante avec une pupille unique dans un seul œil.
Le style de Modigliani s’affirme encore plus après sa rencontre avec Jeanne Hébuterne en 1917. Le peintre adapte le regard de ses modèles selon son degré d’intimité avec eux. Un œil vide associé à une pupille suggère une double vision du monde. Le personnage regarde l’extérieur d’un côté et réfléchit sur lui-même de l’autre. Lorsque les deux yeux sont noirs, l’artiste exprime une profonde sympathie partagée avec son sujet. Les regards totalement vides témoignent parfois d’une difficulté à saisir la complexité psychologique du modèle. Dans ce cas, la couleur des yeux rejoint souvent celle du fond de la toile. Cette technique permet de voir l’âme à travers le vide apparent du visage.