Le peintre Corneille nous a quittés il y a dix ans, en 2010, à l’âge de 88 ans. Pour célébrer cet artiste de l’imaginaire, le musée de Pont-Aven lui consacre une exposition majeure intitulée « Corneille : un Cobra dans le sillage de Gauguin », visible jusqu’au 24 mai 2020. Un hommage vibrant à celui qui affirmait : « De ma vie, j’en ai fait une belle journée colorée. »
L’éveil d’un esprit libre durant les années de guerre
Né Guillaume Cornelis van Beverloo à Liège en 1922, Corneille entame sa formation à l’Académie des Beaux-Arts d’Amsterdam en 1943. En plein conflit mondial, il choisit d’abandonner le cursus classique pour expérimenter des techniques plus libres. Malgré l’obscurité de l’époque, il continue de peindre avec acharnement. À la Libération, il embrasse cette liberté retrouvée et part à la rencontre du monde. En 1947, lors d’une exposition à Budapest, il découvre l’œuvre de Paul Klee, une rencontre esthétique qui marquera durablement son approche de la création.
La révolution CoBrA et la quête de l’ailleurs
Le 8 novembre 1948, Corneille cofonde le groupe CoBrA au café Notre-Dame à Paris. Ce mouvement, réunissant des artistes de Copenhague, Bruxelles et Amsterdam, rejette le rationalisme et l’esthétisme formel. Comme l’écrit Michel Ragon, « CoBrA est moins une tendance qu’une occasion de rencontres heureuses ». Ensemble, ces créateurs prônent une spontanéité totale, s’inspirant des dessins d’enfants et de l’art primitif. Bien que le collectif se dissolve dès 1951, Corneille en garde l’état d’esprit toute sa vie, refusant tout cloisonnement entre les disciplines.
Un dialogue spirituel entre Pont-Aven et l’exotisme
Le commissaire de l’exposition actuelle, Victor Vanoosten, a réuni soixante-quatorze œuvres pour illustrer le lien entre Corneille et Paul Gauguin. « Le fil rouge de l’exposition est la quête de l’ailleurs », explique-t-il. Cette soif d’évasion a mené l’artiste du désert du Hoggar en Algérie aux paysages luxuriants d’Asie et d’Amérique latine. À l’instar de Gauguin, Corneille voue un culte à la couleur pure, notamment au jaune et au rouge vermillon. Sa période « géologique » laisse place, dès les années 1960, à un retour à la figuration peuplée de femmes-terres et d’oiseaux-nomades.
L’héritage lumineux d’un éternel voyageur
Installé dans le Val d’Oise à la fin de sa vie, Corneille s’est laissé imprégner par la lumière des champs, affirmant que « la lumière pour un peintre, c’est le bonheur ». Artiste pluridisciplinaire, il a décliné son univers sur tous les supports : céramique, bijoux, gravures et même sur un tramway d’Amsterdam. Son épouse, Natacha van Beverloo, le décrivait comme un homme aux semelles de vent avec toujours un pied dans le bac à sable. Fidèle à son admiration pour les maîtres, il repose aujourd’hui à Auvers-sur-Oise, aux côtés de Vincent van Gogh.
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