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dimanche 10 mai 2026
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Hervé Télémaque : l’œuvre « À façon, l’heure » à la Galerie d’Arcueil

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L’œuvre « À façon, l’heure » (2020) d’Hervé Télémaque naît dans l’intimité de son atelier de Villejuif. La Galerie Municipale d’Arcueil présente ce tableau du 25 septembre au 24 octobre 2020. Cette création dialogue avec le travail d’Olivier Peyronnet durant toute l’exposition.

Hervé Télémaque – « A façon l’heure » (2020) Photo Alexia Guggémos

Comment saisir la mesure du temps ?

Hervé Télémaque tente ici de construire le châssis d’une mémoire heureuse. L’artiste utilise une horloge pour faire le tour des choses. Un violet fluent domine la composition et échappe au registre religieux. Cette couleur tend vers un vieux rose à la fois tendre et chanceux. Le relief se tient debout à la verticale dans l’espace. Cette pièce d’harmonie assemble des morceaux de contreplaqué nourris de pigments et de marc de café. Les formes possèdent des rondeurs pour noyer le contour des occurrences.

La structure du temps et de la mémoire

Pour l’artiste, le temps ne se confond pas avec la vitesse ou le vieillissement. Il s’agit plutôt d’une succession d’événements qui remplissent l’histoire des hommes. Le cofondateur de la Figuration narrative livre ici un récit lucide. Une force fatidique s’exprime à travers des tensions aiguës. On observe une similitude avec « L’Armoire rose », œuvre majeure de 1973. Ce coffre ancien laissait jaillir des objets jaunes sur un fond rose clair. Il contenait le secret du corps et les souvenirs dont on ne peut se défaire. Cinquante ans plus tard, l’abstraction domine désormais le travail de Télémaque.

Le marc de café : une matière introspective

Le marc de café occupe une place centrale dans cette nouvelle recherche. Hervé Télémaque explique que le marc de café est une nuit. Il utilise cette poudre sombre pour imprégner ses « objets maigres ». Cette technique apparaît après un séjour à Haïti, son pays natal. Son travail devient alors plus introspectif et explore les atmosphères de son enfance. On y retrouve la magie des rues et la mélodie métallique du tam-tam. Dans « À façon, l’heure », le marc de café féconde le hasard.

Une philosophie de l’instant et de la mutation

L’artiste rejoint la pensée de Jankélévitch pour qui le temps est mutation. Il façonne un devenir intangible entre l’être et le non-être. Sa création suit une polyrythmie faite de strates émotionnelles et de moments inspirés. Il capte ainsi les saillies d’une éternité à travers des signes évasifs. Cette œuvre ultime témoigne d’une conscience aux aguets, capable de transformer la matière brute en une poésie universelle.