Imaginée par Anne-Shelton Aaron, La Cuisine des collectionneurs a été lancée le 22 janvier 2026, à l’occasion de la Nuit des Bains à Genève. Dès son origine, le projet orchestré par Delphine Rouvière et le collectif Ou Bien Encore, revendique un principe simple : faire dialoguer art contemporain et gastronomie.
La Cuisine des collectionneurs repose sur une exposition collective et évolutive, nourrie par des collections privées. Pour cette première édition, les collectionneurs Anne-Shelton Aaron, Stéphane Ribordy, Marie-Claude Stobart et Natascha Wittgenstein ont été invités à investir chacun un mur à partir de leur collection personnelle. L’accrochage n’est pas figé : il s’articule autour d’un grand mur commun et d’une étagère partagée, conçus comme le cœur marchand et symbolique de l’exposition. Les œuvres de figures majeures de l’art contemporain et conceptuel. Peter Doig, Liz Deschenes, Mika Rottenberg, Martin Parr, Urs Lüthi, Patrick Tosani… cohabitent dans un espace pensé comme un lieu de circulation plutôt que de contemplation distanciée. La collection s’y donne comme une suite de situations, dépendante du regard, du déplacement et du contexte.
La Cuisine des collectionneurs met en tension deux régimes opposés : la conservation et la consommation.
La logique d’assemblage se prolonge dans l’assiette. Aux fourneaux, la cheffe Ellen Butzhammer a conçu un menu éphémère directement inspiré des univers des collectionneurs. Les recettes proposées ne sont pas des clins d’œil décoratifs mais de véritables traductions sensibles : une cuisine précise, souvent minimaliste, attentive aux textures et aux temporalités, fait écho à la rigueur formelle de certaines œuvres accrochées. Une préparation lente, structurée autour de la répétition du geste, dialogue ainsi avec des pratiques conceptuelles ou minimalistes ; une association de saveurs franches et contrastées renvoie à des corpus photographiques ou picturaux marqués par la frontalité. Le plat devient une œuvre activée, promise à la disparition, dont il ne subsiste qu’un souvenir incorporé.
L’exposition se vit autant qu’elle se regarde, et la cuisine s’affirme comme un langage esthétique à part entière, capable de condenser des récits, des héritages et des positions dans le monde. Plus qu’un événement, l’initiative propose une autre manière de penser l’art : non comme un stock d’objets, mais comme une pratique relationnelle et fondamentalement hédoniste. À chaque occasion, un feuillet art & gastronomie intitulé « La Cuisine des collectionneurs sera ainsi édité par les Éditions Octopus+.













