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Évian, une journée au fil de l’eau et des siècles

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La journée à Évian-les-Bains (Haute-Savoie) s’ouvre à pas feutrés, comme si la ville voulait d’abord nous apprivoiser. La lumière s’infiltre, discrète, dès les premières heures.

Au-dessus de la ville, l’église Notre-Dame-de-l’Assomption veille. Une tour du XIIIᵉ siècle, pierres patientes, gothique savoyard sans emphase. Les voûtes à croisées d’ogives s’élèvent avec une grâce contenue, les chapiteaux racontent à voix basse, le clocher lanternon ajoute sa note tardive. À l’intérieur, les orgues respirent. Le son se déploie, rebondit, s’attarde. Durant l’été, chaque vendredi, de 12h à 12h30, les Concerts du Marché font résonner l’architecture.

On sort. On marche.
Le quartier médiéval se laisse parcourir à pied, naturellement. Rue de l’Église, place du marché, des passages étroits, ces « gaffs » qui obligent à ralentir. Les façades se rapprochent, les regards aussi. Fenêtres à meneaux, allèges travaillées dans la molasse locale : la Renaissance tardive et le classicisme provincial s’expriment ici sans éclat, mais avec une justesse presque musicale. Rien d’ostentatoire. Tout est question de rythme, de proportions, d’équilibre.

Puis surgit la façade du premier hôpital de la ville orné du blason de la cité. Il accueillait notamment les pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle. Plusieurs restaurations au XIXe siècle.Une présence affirmée, une pierre qui a été relue, corrigée, interprétée. Le XIXᵉ siècle dialogue avec le passé, sûr de lui, sans l’effacer.

Pause déjeuner.
Au bistrot culinaire Le Muratore, le lac passe à table. À la carte des Alpes, fricassée de perches et mousseline de brochet, sauce Savagnin à l’estragon. Les saveurs sont onctueuses, précises, presque évidentes. Ici, la cuisine prolonge le paysage. On mange en pensant aux barques du Léman, au matin, aux filets relevés.

La descente mène à la Villa Lumière, devenue hôtel de ville. Ancienne maison de villégiature d’Antoine Lumière (1840-1911), père des inventeurs du cinéma. Tout y est manifeste : façades néo-classiques, décors rococo, escalier monumental en bois à retours. Les atlantes, inspirés du sculpteur Pierre Puget, portent le bâtiment avec sérieux. L’éclectisme assume sa richesse, sa liberté, sa confiance dans le progrès.

À quelques mètres, la source Cachat murmure l’origine de tout. Depuis 1790, l’eau attire, soigne, structure la ville. La Buvette Cachat de style Art Nouveau, signée Albert Hébrard, déploie ses courbes. Bois, verre, béton dissimulé. Une horloge, un dôme, de vastes baies vitrées. Ici, l’architecture refuse la froideur industrielle et choisit l’expression, le mouvement, la douceur.

On traverse ensuite le temps industriel.
L’ancienne usine d’embouteillage, aujourd’hui école maternelle, raconte les débuts : quatre cents ouvriers, des gestes manuels, une production patiente. Plus haut, l’usine contemporaine change d’échelle : des millions de bouteilles produites par jour, plus de mille employés. Même eau, autre cadence. La ville s’est transformée sans renier sa source.

Face au lac Léman, le Palais Lumière s’impose. Construit en 1902 comme institut hydrothérapique, il capte la lumière, organise l’air, magnifie l’espace. Son dôme de verre et de métal, restauré, diffuse aujourd’hui clarté et calme sur les salles d’exposition et la médiathèque. Le thermalisme devient culture, sans perdre sa solennité. En 2026, un hommage aux peintres suisses autour de 1900 y est rendu.

Un passage par le Casino entièrement restauré puis le théâtre Antoine-Riboud. Fin XIXᵉ siècle, salle à l’italienne, façade néo-classique. Jules Clerc, élève de Garnier, transpose les modèles parisiens pour une clientèle cosmopolite de curistes. Le divertissement s’inscrit dans la ville comme une évidence.

La journée s’achève à la Villa du Châtelet. Éclectisme historiciste : toitures ardoisées, lucarnes néo-Louis XIII, terrasses ouvertes, tourelle octogonale tournée vers le Léman. Construite pour Charles Taillefer, elle est aujourd’hui un lieu de mémoire et de rencontres culturelles. Vue imprenable sur l’hôtel du Parc où furent signés les accords d’Évian mettant fin au conflit algérien. Le rappel que l’histoire mondiale passe parfois par des paysages paisibles.

On termine le long du port de plaisance.
L’eau ondule. La lumière baisse.
Évian se laisse quitter sans bruit, avec cette impression rare d’une ville qui a su faire dialoguer les siècles sans jamais hausser le ton.

Infos pratiques
Visite guidée : Accompagné.e par un guide du patrimoine, partez à la découverte de l’histoire d’Evian depuis le Moyen-Age jusqu’à la Belle Epoque. Petites anecdotes et trésors cachés de la ville vous seront dévoilés.