Perché à 757 mètres d’altitude au-dessus de la plaine d’Alsace, le château du Haut-Koenigsbourg n’a pas seulement marqué l’histoire de la région. La forteresse a aussi nourri l’imaginaire de John Howe, illustrateur de l’œuvre de J.R.R. Tolkien puis artiste-concepteur de la trilogie Le Seigneur des Anneaux de Peter Jackson. Son influence est notamment documentée dans les premières représentations de Minas Tirith, bien avant leur passage sur grand écran. Une raison supplémentaire de visiter ce château spectaculaire, à quelques kilomètres de Sélestat.
Par Alexandre SCHOLLY
Du Haut-Koenigsbourg à Minas Tirith, une filiation bien réelle
Avec ses murailles de grès, son donjon dominant la plaine et ses lignes de défense épousant l’éperon rocheux, le Haut-Koenigsbourg semble avoir tout du décor de fantasy. Dans le cas de John Howe, le rapprochement avec la Terre du Milieu n’est pourtant pas une simple ressemblance repérée après coup.
Le site officiel du château du Haut-Koenigsbourg, édité par la Collectivité européenne d’Alsace, indique que John Howe s’est servi de la forteresse comme source d’inspiration pour dessiner la citadelle de Minas Tirith dans des éditions illustrées de l’œuvre de Tolkien. Lorsque Peter Jackson l’engage ensuite pour travailler à la conception visuelle de sa trilogie cinématographique à la fin des années 1990, l’artiste réemploie certains éléments puisés au Haut-Koenigsbourg.
Une précision s’impose toutefois : le lien le plus direct entre le château alsacien et Minas Tirith concerne les illustrations de John Howe antérieures aux films. Les Dernières Nouvelles d’Alsace relevaient déjà en 2014 que certaines représentations de la cité faisaient explicitement référence à l’architecture du Haut-Koenigsbourg, tandis que son influence était devenue « plus diffuse » dans les adaptations de Peter Jackson. Autrement dit, le château n’est pas le « modèle » unique de la Minas Tirith visible au cinéma, mais l’une des références architecturales qui ont nourri l’univers visuel de Howe.
John Howe, de Strasbourg à la Terre du Milieu
Le lien entre l’artiste canadien et l’Alsace remonte à sa formation. Né à Vancouver en 1957, John Howe part étudier en France et obtient en 1981 son diplôme d’illustration à l’École des arts décoratifs de Strasbourg. Il se fera ensuite connaître internationalement pour ses calendriers, couvertures, cartes et illustrations consacrés à l’univers de Tolkien avant de rejoindre Peter Jackson en Nouvelle-Zélande en 1998 comme artiste-concepteur.
L’Alsace a joué un rôle particulier dans la construction de son imaginaire. Dans un entretien publié en mai 2025, John Howe raconte que son arrivée en Europe lui a fait découvrir un patrimoine architectural entièrement nouveau à ses yeux. Il cite les châteaux des Vosges et explique que le Haut-Koenigsbourg fut le premier château qu’il visita. Il se souvient avoir d’abord pris l’édifice pour une construction médiévale miraculeusement conservée, avant d’en comprendre l’importante reconstruction du début du XXe siècle.
Cette fascination n’a jamais véritablement disparu. Sur son propre site, John Howe écrivait en 2006 aimer le Haut-Koenigsbourg depuis sa découverte de l’Alsace et soulignait justement son caractère presque mythologique : un château où histoire, reconstruction et imaginaire finissent par se confondre.
Un château médiéval largement réinventé au XXe siècle
Ce paradoxe constitue précisément l’un des attraits du Haut-Koenigsbourg. Le site fortifié apparaît dans les textes dès 1147 et devient au XVe siècle une place forte adaptée aux progrès de l’artillerie. Assiégé, pillé et incendié en 1633 pendant la guerre de Trente Ans, il reste ensuite à l’état de ruine pendant près de deux siècles.
Après l’annexion de l’Alsace à l’Empire allemand, la ville de Sélestat offre les ruines à l’empereur Guillaume II en 1899. Celui-ci confie leur restauration à l’architecte allemand Bodo Ebhardt. Entre 1900 et 1908, ce dernier cherche à restituer l’apparence que pouvait avoir la forteresse autour de la fin du Moyen Âge, en s’appuyant sur les vestiges, les archives et des comparaisons avec d’autres châteaux européens. Le chantier, spectaculaire et controversé à son époque, donne au Haut-Koenigsbourg une bonne partie de la silhouette que découvrent aujourd’hui les visiteurs. C’est aussi ce qui permet de mieux comprendre l’intérêt de John Howe pour le lieu. Le château combine vestiges authentiques, restitution historique et interprétation architecturale : exactement cette frontière entre réalité documentée et monde recomposé sur laquelle travaille un illustrateur de fantasy.
Pour le voyageur, nul besoin d’être spécialiste de Tolkien pour mesurer la force visuelle du site. Installé à 757 mètres d’altitude, le château domine la plaine d’Alsace. Depuis ses parties hautes, le panorama porte sur les Vosges, la plaine, la Forêt-Noire et, lorsque les conditions sont favorables, jusqu’aux Alpes. La visite permet surtout d’observer de près les éléments qui ont nourri l’imaginaire médiéval associé au monument : pont-levis, cours, appartements aménagés et meublés, collections d’armes, donjon et Grand Bastion. Le parcours fait ainsi alterner espaces résidentiels et architecture défensive, dans une forteresse pensée autant pour occuper son promontoire que pour impressionner celui qui l’approche.
Pour les amateurs du Seigneur des Anneaux, l’intérêt consiste moins à chercher une reproduction exacte de la Minas Tirith du film qu’à regarder le château comme l’a fait John Howe : volumes massifs, succession de murailles, tours, passages, rapports entre la pierre et la montagne. Le détour devient alors une visite des sources réelles de la fantasy plutôt qu’une chasse au décor de cinéma.
Comment aller au château du Haut-Koenigsbourg ?
Le château se trouve à Orschwiller, dans le Bas-Rhin, au-dessus de la route des vins d’Alsace. Un parking gratuit d’environ 150 places est aménagé autour du monument. Depuis le stationnement, il faut encore emprunter un chemin d’environ 300 mètres pour atteindre l’entrée. Le site signale par ailleurs que le parcours complet comporte environ 300 marches, une donnée à prendre en compte pour les visiteurs à mobilité réduite et les familles avec de très jeunes enfants. Il est également possible de venir en transports en commun. En 2026, la ligne 500 relie la gare SNCF de Sélestat au Haut-Koenigsbourg selon un calendrier saisonnier.
Aujourd’hui encore, l’histoire de John Howe donne ainsi au Haut-Koenigsbourg une deuxième lecture. Derrière l’un des grands monuments touristiques d’Alsace se cache aussi un morceau de la généalogie visuelle de la Terre du Milieu : un véritable château, reconstruit à partir du Moyen Âge, qui a contribué à donner une forme à une cité imaginaire.
Sources principales
Les informations sur l’influence du château sur Minas Tirith proviennent en priorité du Château du Haut-Koenigsbourg – Collectivité européenne d’Alsace, qui documente le travail de John Howe et son retour à ces références lors de la conception des films. Histoire et sources d’inspiration du château du Haut-Koenigsbourg Pour la nuance entre illustrations antérieures et films : Dernières Nouvelles d’Alsace, 2 mars 2014.
Le parcours de John Howe est recoupé avec sa biographie personnelle et celle publiée par Christian Bourgois éditeur. Biographie de John HoweJohn Howe chez Christian Bourgois éditeur Son témoignage sur sa découverte du Haut-Koenigsbourg provient d’un entretien publié par Le Paratonnerre le 30 mai 2025.
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