La journée à Évian-les-Bains (Haute-Savoie) s’ouvre à pas feutrés, comme si la ville voulait d’abord nous apprivoiser. La lumière s’infiltre, discrète, dès les premières heures.


Le quartier médiéval se laisse parcourir à pied, naturellement. Rue de l’Église, place du marché, des passages étroits, ces « gaffs » qui obligent à ralentir. Les façades se rapprochent, les regards aussi. Fenêtres à meneaux, allèges travaillées dans la molasse locale : la Renaissance tardive et le classicisme provincial s’expriment ici sans éclat, mais avec une justesse presque musicale. Rien d’ostentatoire. Tout est question de rythme, de proportions, d’équilibre.


Au bistrot culinaire Le Muratore, le lac passe à table. À la carte des Alpes, fricassée de perches et mousseline de brochet, sauce Savagnin à l’estragon. Les saveurs sont onctueuses, précises, presque évidentes. Ici, la cuisine prolonge le paysage. On mange en pensant aux barques du Léman, au matin, aux filets relevés.


On traverse ensuite le temps industriel.
L’ancienne usine d’embouteillage, aujourd’hui école maternelle, raconte les débuts : quatre cents ouvriers, des gestes manuels, une production patiente. Plus haut, l’usine contemporaine change d’échelle : des millions de bouteilles produites par jour, plus de mille employés. Même eau, autre cadence. La ville s’est transformée sans renier sa source.

Un passage par le Casino entièrement restauré puis le théâtre Antoine-Riboud. Fin XIXᵉ siècle, salle à l’italienne, façade néo-classique. Jules Clerc, élève de Garnier, transpose les modèles parisiens pour une clientèle cosmopolite de curistes. Le divertissement s’inscrit dans la ville comme une évidence.
La journée s’achève à la Villa du Châtelet. Éclectisme historiciste : toitures ardoisées, lucarnes néo-Louis XIII, terrasses ouvertes, tourelle octogonale tournée vers le Léman. Construite pour Charles Taillefer, elle est aujourd’hui un lieu de mémoire et de rencontres culturelles. Vue imprenable sur l’hôtel du Parc où furent signés les accords d’Évian mettant fin au conflit algérien. Le rappel que l’histoire mondiale passe parfois par des paysages paisibles.

L’eau ondule. La lumière baisse.
Évian se laisse quitter sans bruit, avec cette impression rare d’une ville qui a su faire dialoguer les siècles sans jamais hausser le ton.
Infos pratiques
Visite guidée : Accompagné.e par un guide du patrimoine, partez à la découverte de l’histoire d’Evian depuis le Moyen-Age jusqu’à la Belle Epoque. Petites anecdotes et trésors cachés de la ville vous seront dévoilés.













