Martin Parr n’est plus. Le photographe britannique est décédé le 6 décembre 2025, à l’âge de 73 ans, laissant derrière lui cinquante années d’images saturées, ironiques, tendres et cruelles à la fois. Il n’aura cessé de raconter l’Angleterre puis le monde en jouant du kitsch comme d’une arme, révélant l’absurde dans nos loisirs, nos rites sociaux, nos vacances sur des plages grisâtres ou nos supermarchés fluo. On retiendra un œil attentif, jamais moralisateur, un humour sec qui faisait mouche, et surtout cette volonté d’exposer la comédie humaine sans filtre.
Né en 1952 dans le Surrey, encouragé jeune par son grand-père photographe amateur, Parr étudie au Manchester Polytechnic avant de devenir l’une des figures majeures de Magnum, qu’il rejoint en 1994 et préside de 2013 à 2017. Plus de 120 livres publiés, des œuvres dans les collections du MoMA, du Centre Pompidou ou de la Tate, et une influence majeure sur la photographie documentaire couleur . Avec The Last Resort et Common Sense, il a imposé un style : flash franc, couleurs denses, situations ordinaires transformées en théâtre social.
En 2017, il fonde la Martin Parr Foundation à Bristol, scellant son rôle de passeur et d’archiviste du réel . Jusqu’à la fin, il photographiait le Royaume-Uni chaque été, comme une « thérapie » disait-il.
» I am Martiun Parr » : Un documentaire à revoir aujourd’hui
La disparition de Martin Parr donne un relief particulier au film I Am Martin Parr, réalisé par Lee Shulman et produit par Haut et Court Doc (2024). Le documentaire dévoile un Parr intime, drôle, parfois bourru, toujours curieux. Shulman raconte leur rencontre à Arles en 2019, leur amitié, puis l’accès offert aux archives du photographe. L’objectif : comprendre ce qui animait cet « éternel rebelle et outsider » et comment son regard a façonné un langage visuel devenu incontournable .

Martin Parr a documenté nos excès, nos dérives comme nos joies minuscules. Il laisse une archive monumentale de ce que furent les classes moyennes britanniques, les dimanches de friture, les touristes brûlés au soleil et l’élégance improbable des fêtes locales. Un miroir, parfois cruel, souvent tendre, toujours drôle. À l’heure où son œuvre rejoint l’histoire, revoir I Am Martin Parr s’impose. On y retrouve ce regard vif, cette ironie généreuse et cette manière de rappeler que le banal est souvent la plus grande scène.













