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mercredi 11 mars 2026
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Drawing Factory : Rencontre avec Maxime Verdier

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Maxime Verdier dans son atelier Ă  Drawing Factory

Maxime Verdier fait partie des 30 artistes exposĂ©s Ă  Drawing Factory, 11 avenue Mac Mahon Ă  Paris. Un ancien hĂŽtel situĂ© dans le 17e arrondissement : 5 Ă©tages, 1500 mÂČ d’espace de crĂ©ation, 30 ateliers et 6 mois de visibilitĂ© pour les artistes jusqu’au 20 septembre 2021.

La pratique du dessin a toujours Ă©tĂ© fondamentale dans la production artistique de Maxime Verdier. Dessiner lui a permis d’étudier les multiples possibles qui jalonnent sa vie, en rĂ©vĂ©lant le potentiel cachĂ© de ses souvenirs et rĂȘves, tout en donnant forme Ă  la nature insondable et Ă©nigmatique des objets qui l’entourent. Il voit le dessin comme un guide et un explorateur, il trace les cartes de ce qu’il est et lui offre une multitude d’espaces Ă  dĂ©couvrir.

Propos recueillis par Cassandra Michel

Quel a Ă©tĂ© votre itinĂ©raire jusqu’Ă  prĂ©sent, et jusqu’Ă  cet atelier Ă  Drawing Factory ?

NĂ© en Normandie, Ă  Dieppe, le 16 octobre 1991. AprĂšs mon bac LittĂ©raire, j’ai intĂ©grĂ© les Beaux-Arts de Rouen oĂč j’ai obtenu mon diplĂŽme pour ensuite intĂ©grer en cours d’études les Beaux-Arts de Paris oĂč j’ai obtenu mon diplĂŽme national supĂ©rieur d’arts plastiques en 2017. Je suis professeur au sein de la Nouvelle AcadĂ©mie des amateurs des Beaux-Arts de Paris oĂč je dirige le cours « Faire paysage au-delĂ  du dĂ©cor ». Dans ma pratique artistique, j’ai toujours envisagĂ© le quotidien comme un portail vers le surnatu­rel, un lieu oĂč l’impossible devenait possible et oĂč le « pourquoi pas » avait sa place. Pour cela, je puise mes anecdotes, dans un rĂ©servoir oĂč s’entremĂȘlent rĂȘves, cauchemars, sensations, ou encore souve­nirs.

Ces fragments d’histoires sont la matiĂšre premiĂšre de mon processus crĂ©atif, que je viens ensuite remodeler, reformater et dĂ©ployer dans des dispositifs qui se proposent de donner Ă  voir l’immanence magique du monde. À travers la peinture, le dessin, la sculpture et l’installation, je mets en forme un monde chimĂ©rique et poĂ©tique peuplĂ© de crĂ©atures oniriques, d’objets banals qui prennent vie et de monstres cauchemardesques.

Maxime Verdier, La conquĂȘte des peines, crayons de couleur sur papier, 40 x 30 cm, 2019

Quel est votre médium préféré ? Le dessin ?

Je pense qu’il y a vraiment deux mĂ©diums que je prĂ©fĂšre et chacun pour des raisons trĂšs diffĂ©rentes. Dans un premier temps, le medium sculptural m’intĂ©resse beaucoup car il m’offre un rĂ©servoir de possibilitĂ©s extrĂȘmement diverses. Quand je fais de la sculpture, j’ai vraiment cette impression d’ĂȘtre comme un savant-fou dans un laboratoire oĂč je peux jouer avec le monde qui m’entoure en lui offrant de nouvelles potentialitĂ©s pour exprimer cet « au-delà » de mon quotidien. Ce que j’aime aussi avec la sculpture, c’est ce rapport trĂšs physique Ă  l’Ɠuvre, on tourne autour, on construit quelque chose sous tous les angles, on teste des matiĂšres entre-elles, on observe leurs rĂ©sistances.
Dans un second temps, le medium du dessin a aussi une place trĂšs importante. Dessiner m’a permis d’étudier les multiples possibles qui jalonnent ma vie, en rĂ©vĂ©lant le potentiel cachĂ© de mes souvenirs et rĂȘves, tout en donnant forme Ă  la nature insondable et Ă©nigmatique des objets qui m’entourent. Je vois le dessin comme un guide et un explorateur, il trace les cartes de ce que je suis et m’offrent une multitude d’espaces Ă  dĂ©couvrir.

Comment naissent vos projets ? Quel est votre processus créatif ?

La genĂšse de chacun de mes projets dĂ©bute le plus souvent Ă  partir d’une anecdote ou d’un souvenir qui rapporte en lui son lot de sentiments, de contrariĂ©tĂ©s, de sensations, de doutes existentiels. Cette matiĂšre biographique devient ensuite un support que je viens mĂ©tamorphoser, en grattant son vernis pour y faire apparaitre des images Ă©tranges ou refoulĂ©s Ă  travers des croquis ou des textes. Cette maniĂšre de prĂ©parer un projet, me permet d’avoir une certaine libertĂ© pour pouvoir jouer avec les choses, en insĂ©rant de nouveaux Ă©lĂ©ments ou en en supprimant si besoin pendant l’acte de crĂ©ation, il me permet aussi de ne pas avoir l’impression de suivre une sĂ©rie de tĂąches mais plutĂŽt de me laisser aller Ă  la surprise.

Maxime Verdier, La priĂšre du soir, crayons de couleur sur papier, 40 x 30 cm, 2019

Le quotidien semble nourrir votre travail…

Les choses qui m’inspirent le plus dans mon travail sont des petits moments de tous les jours, des souvenirs, des instants. Avec ces Ă©lĂ©ments, j’invente des histoires, j’injecte de la fiction car c’est une maniĂšre pour moi de faire Ă©merger du magique dans le banal, d’offrir Ă  ces petites histoires des potentialitĂ©s nouvelles, quelque chose qui va plus loin que ce qu’elles peuvent sembler offrir au premier regard. Je me sens trĂšs proche de cette phrase de William Blake qui dit : « Je voudrais voir le monde dans un grain de sable, Et le paradis dans une fleur sauvage. Tenir l’infini dans la paume de ma main Et voir l’Ă©ternitĂ© durer une heure. » parce qu’il exprime trĂšs bien ce que je recherche dans mes images, ce qui peut Ă©merger ou fleurir en arriĂšre-plan de quelque chose, grĂące Ă  la pensĂ©e et Ă  l’imaginaire. « L’art c’est ce qui rend la vie plus intĂ©ressante que l’art » a dit Robert Filliou, et j’aime beaucoup cette maniĂšre de concevoir les choses, c’est-Ă -dire de ne pas voir l’art comme une finalitĂ© mais plutĂŽt comme un moyen de transformer Ă  travers lui notre rapport au monde, notre maniĂšre d’interagir et de le concevoir

Dans quelle mesure la Drawing Factory vous a-t-elle aidé dans vos travaux ?

Je travaille ici des dessins grand format Ă  la Drawing Factory sur le thĂšme de la forĂȘt car c’est un lieu trĂšs important pour moi qui m’a toujours semblĂ© empli de fabuleuses merveilles, mais duquel peut aussi jaillir en son sein des mystĂšres et des peurs abyssales. La Drawing Factory est ma premiĂšre rĂ©sidence artistique, et j’ai pu y rencontrer des artistes avec des pratiques trĂšs diverses et fascinantes. C’est une vraie chance pour moi d’évoluer dans un cadre avec autant d’émulsion et de crĂ©ativitĂ©, mais aussi de se sentir appuyer et pousser par les Ă©quipes du Drawing Lab dans nos projets. Je pense que cette rĂ©sidence m’apporte beaucoup dans ma pratique du dessin, elle me permet de dĂ©passer les limites que je pouvais avoir dans ce mĂ©dium, Ă  la fois en terme technique, en termes de format mais aussi dans ma maniĂšre de penser le dessin et c’est extrĂȘmement gratifiant.

Et pour terminer, auriez-vous une anecdote concernant votre travail dont vous pourriez nous faire part ?

Dans ma sculpture « les dindes de l’ñmer », celle-ci Ă©tait composĂ©e d’une fontaine remplie de biĂšre, sauf que je ne pensais pas que ça mousserait autant quand la biĂšre s’écoulerait. Du coup lors de mon diplĂŽme, des gros nuages de mousses tombaient littĂ©ralement par terre. C’était encore mieux que ce que j’avais pu espĂ©rer.