L’art de Franco Bellucci est une quête de résilience. Jusqu’au 2020, cet artiste italien a transformé ses pulsions destructrices en un processus de création. À travers ses « objets-sculptures » composés de jouets brisés et de débris, Bellucci exprime la force d’un homme à la dérive. La Galerie Christian Berst à Paris rend hommage à cette figure insolite de l’Art Brut.
La genèse d’un artiste du silence
Suite à une encéphalite précoce, Franco Bellucci devient muet. Il détruit tous les objets qu’il a sous la main. En 1961, lors d’une éclipse solaire, une crise violente mène à son internement à l’hôpital psychiatrique de Volterra en Toscane. Bellucci subit la rudesse du système asilaire. Le tournant de sa vie survient en 1978 avec une loi qui ordonne la fermeture des asiles. De retour chez lui, Bellucci court vers ses jouets d’enfance, restés intacts dans son tiroir. C’est en 1999, au centre « portes ouvertes » de Livourne, il intègre l’atelier Blu Cammello. Cela marque ainsi le début de sa reconnaissance artistique.
Le processus créatif : l’art de l’assemblage et du nœud
L’œuvre de Bellucci naît d’une déambulation pendulaire et de la récupération frénétique. L’artiste noue, ligote et serre des objets hétéroclites : chaussettes, tuyaux d’arrosage, récipients en plastique et rallonges électriques. Riccardo Bargellini, en gagnant sa confiance, transforme cette pulsion en une pratique structurée. Les sculptures de Bellucci ressemblent à des filets de pêcheur emprisonnant des souvenirs, où chaque nœud semble compenser l’absence de mots par une présence matérielle dense et organique.
Une reconnaissance internationale dans les institutions d’Art Brut
Aujourd’hui, l’importance de Franco Bellucci dépasse les frontières de l’Italie. Dès 2013, son travail intègre l’exposition Banditi dell’Arte à la Halle Saint Pierre à Paris. Il est exposé au MADmusée de Liège et à la Maison rouge au sein de la prestigieuse collection abcd de Bruno Decharme. L’exposition à la galerie Christian Berst confirme son statut de « rescapé ».
