Amarrée à L’Isle-sur-la-Sorgue (Vaucluse), la Villa Datris largue les amarres pour une traversée poignante avec son exposition « Méditerranée, Odyssées Contemporaines ». Quelques 65 artistes issus de 20 pays fendent les flots des crises migratoires et sondent les abysses des cycles de la vie. Une escale artistique à découvrir jusqu’au 1er novembre.
Engagement et philanthropie : la vision de Danièle Marcovici
Femme d’affaires visionnaire, Danièle Marcovici navigue avec une boussole dont l’aiguille pointe invariablement vers la solidarité. Héritière du groupe RAJA, elle a su transformer son « vaisseau amiral » en une base arrière stratégique pour ses engagements philanthropiques. Cette mécène au long cours ne se contente pas de diriger ; elle donne vie à de nouveaux horizons culturels en gonflant les voiles de projets qui lui ressemblent. En offrant une entrée gratuite à cette exposition, elle s’assure que les messages humanistes atteignent le plus grand nombre.
L’Art comme miroir des crises migratoires
L’exposition met en lumière la tragédie humaine qui se joue en mer. Le Bosnien Nermin Duraković souligne ce propos avec l’installation Black Cloud (2026) placée à l’entrée. Les ballons noirs gonflés à l’hélium rappellent que le traitement des demandeurs d’asile est une responsabilité collective. Le Camerounais Pascale Marthine Tayou explore également cette thématique avec Lampedusa (2019). Avec ses billes colorées, fleurs artificielles et plaques taxis-brousse placées sur une même surface, il opère ne méditation sur l’île-frontière. À travers son œuvre Road to Exile (2016), Barthélémy Toguo met en scène une barque lourdement chargée dont la ligne de flottaison semble vaciller sous le poids de baluchons. Amoncelés jusqu’à l’excès, les ballots contiennent les restes d’une vie à la dérive.
Vidéo et sculpture : messages forts et métamorphoses
Au-delà du politique, l’exposition explore la résilience à travers des médiums variés. Si la Fondation est spécialisée dans la sculpture contemporaine, elle n’hésite pas à montrer des œuvres pluridisciplinaires. Ainsi, l’artiste croate Goran Škofic présente une vidéo On the beach (2016) pour laquelle il a fait intervenir une trentaine de figurants. Des personnages s’avancent et disparaissent à l’horizon. Ils sont comme absorbés par la mer, dans un cycle hypnotique. La transformation de la matière est aussi au cœur du parcours. Francesca Pasquali métamorphose des pailles en plastique en archipels dans Isole (2019). Elle transforme un déchet industriel en organisme vivant.
Méditerranée : entre poésie et déchets marins
La problématique de la pollution s’incarne à travers deux plaidoyers écologiques. L’artiste Laurent Baude a jeté son épervier de métal et de nylon sur l’ascenseur extérieur de la Villa Datris. Il en a remaillé la structure pour en faire un piège à dérives. Tel un chalut colossal remonté des abysses, cette installation présente une alèze saturée où s’entremêlent les vestiges de notre histoire et les scories de notre présent. Dans l’entrelacs des mailles, des objets insolites : on y découvre par exemple, côte à côte, une amphore égyptienne et un gilet de chantier fluorescent. Quant à Laurent Perbos, il propose un palmier à l’esthétique « faussement joyeuse ». Composé de frites de plage en mousse, il détourne les codes des loisirs balnéaires pour souligner l’omniprésence du plastique dans nos écosystèmes marins.
Embarquement pour la Villa Datris
L’invitation est lancée pour une traversée immobile au cœur de l’Isle-sur-la-Sorgue. Dans le jardin, le visiteur découvre la barque échouée de Nathalie Rodach. Née des récits de la Méditerranée, Teva est une arche renversée, échouée sur la terre. En hébreu, ce mot signifie à la fois « arche » et « mot ». C’est là que l’œuvre se tient : dans cet endroit fragile où ce qui porte peut aussi dériver, où ce qui nomme peut aussi manquer. Entre cocon et nid, Teva ne raconte pas les traversées physiques, mais elle signale la trace intérieure : ce qui reste en nous du mouvement, du déracinement, de la peur et du désir d’un ailleurs heureux.