À la Friche de l’Escalette à Marseille, l’artiste Gérard Traquandi invertit l’ancienne fonderie de plomb. Du 2 juillet au 31 août.
Une ancienne usine
Fondée en 2016 par le galeriste et collectionneur Éric Touchaleaume, cette ancienne usine métallurgique a été sauvée de l’abandon. Déjà connu à Paris pour diriger la Galerie 54 et son travail de redécouverte du design du XXe siècle, le marchand a imaginé un espace singulier. Les œuvres dialoguent avec le paysage, les ruines et l’architecture industrielle. Chaque été, depuis 2016, le site s’ouvre au public sur réservation, et propose un parcours entre art, mobilier moderniste et vestiges historiques. Dans un décor naturel à couper le souffle, il faut d’abord s’aventurer jusqu’à l’extrême sud de Marseille, franchir la route escarpée qui mène aux Goudes, puis s’engager dans une impasse que protège un simple portail de bois. Là, lovée à l’orée du Parc national des Calanques, la Friche de l’Escalette offre une halte singulière.
Un lieu pour le design
Jean Prouvé, Le Corbusier, Charlotte Perriand, Pierre Jeanneret… Ici, la scénographie abandonne le « white cube » pour orchestrer une rencontre audacieuse entre l’art et le design d’architectes. Les objets de ces pionniers du XXe siècle (tables, chaises, cloisons, modules) deviennent sculptures. Il se dégage de cette cohabitation une poésie étrange. Cette mise en scène, pensée avec justesse par Éric et Elliot Touchaleaume, passeurs d’histoire, prolonge une vision rare : celle d’un lieu où l’on restaure la mémoire sans nostalgie. Ils inventent ainsi une nouvelle façon de voir.
Le bleu Traquandi
Beus lavés, ocres assourdis, et violets du soir semblent absorbés dans la pierre. Gérard Traquandi, né à Marseille, familier de ces terres et de ces silences, s’inscrit avec évidence dans ce paysage époustouflant. À 73 ans, lui qui aime les abbayes, les pierres, les lieux traversés de forces anciennes, trouve à l’Escalette un véritable écrin. L’exposition Traquandi est visible jusqu’au 31 août, sur réservation. Mais la Friche est désormais ouverte toute l’année aux professionnels sur rendez-vous. Elle s’impose comme un repère discret mais essentiel dans la cartographie du design et de l’art contemporain. On n’y vient pas par hasard.