Promised Spaces est un long-métrage du réalisateur serbe Ivan Marković, dévoilé au Festival de Cannes 2026 dans la sélection ACID. Ce film est une fresque sociale capturée au Cambodge. Il explore la ségrégation urbaine à travers l’architecture, en opposant la vie de riches habitants à celle des ouvriers qui construisent leurs gratte-ciels. Interview.
Une fresque sociale et urbaine au Cambodge
Ivan Marković pose sa caméra au cœur de complexes immobiliers en construction au Cambodge. À travers son objectif, le cinéaste dénonce des conditions de travail déplorables. Les bâtiments inachevés abritent déjà les ouvriers des chantiers. L’intrigue croise le destin de deux personnages. Sokun est un ouvrier qui fuit un dortoir bondé pour s’installer clandestinement dans un immeuble en chantier. Il y vit modestement sous une tente de fortune. Et Seda, la première habitante fortunée d’un gratte-ciel voisin encore en travaux. Elle vit isolée dans un appartement de luxe.
« Les bâtiments luxueux sont entourés de murs, manifestant une volonté de se séparer du monde extérieur », explique Ivan Marković. Au sein d’un même lieu, les marqueurs de ségrégation sociale se creusent. En sortant de sa tour, Seda découvre d’ailleurs un quartier très éloigné du luxe de son quotidien.
L’œil photographique unique d’Ivan Marković
Le réalisateur serbe de 37 ans s’appuie sur son expérience de directeur de la photographie. Les images du film se succèdent ainsi comme de véritables tableaux. Elles dépeignent magnifiquement la cohabitation forcée entre les classes sociales.
Ce long-métrage confirme l’intérêt marqué du cinéaste pour l’Asie et la question sociale. En 2018, son œuvre From tomorrow on, I will s’intéressait déjà aux travailleurs chinois. Marković utilise l’architecture et la ville pour proposer sa propre définition de l’espace. Les cinéastes de l’ACID ont particulièrement salué cette approche humaine. Selon eux, l’espace se définit par ce qui se partage, notamment à travers des visages et des gestes qui tentent de faire communauté.
Une œuvre esthétique sur le plan visuel et sonore
Pour concevoir ce projet ambitieux, Ivan Marković s’est entouré de collaborateurs de confiance. Tanja Šljivar, déjà présente sur son précédent film, l’accompagne de nouveau à l’écriture du scénario de Promised Spaces. L’esthétique visuelle du film montre des gratte-ciels qui poussent en pleine nature. De plus, l’œuvre bénéficie d’un travail sonore d’une grande minutie. Ce traitement audio s’accorde parfaitement à la « musicalité des images ». Au cœur du chantier, les silences se mélangent aux bruits de la pluie. Le film parvient ainsi à capturer l’ambiance unique d’une ville fantôme, avant qu’elle ne devienne bruyante une fois habitée.
