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dimanche 13 septembre 2026
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Le Conservatoire de la Tomate : à La Bourdaisière, l’hédonisme passe par le vivant

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Tomate ananas noire, Blue Beauty, Bonne fée… À La Bourdaisière, à Montlouis-sur-Loire, la tomate est un fruit. Et plus encore, un manifeste. Louis-Albert de Broglie découvre le château en 1991, après avoir descendu la Loire à la nage. Il l’achète quelques mois plus tard et quitte Paribas. Son ambition : faire de La Bourdaisière un lieu ouvert, vivant et expérimental. Plus de 30 ans après la création du Conservatoire de la Tomate, le projet continue de se déployer. Un livre consacré à cette aventure vient de recevoir le Prix P.J. Redouté. Et, au printemps 2027, un Bar à Tomates prolongera l’expérience du jardin à l’assiette.

La Bourdaisière, un « lieu laboratoire » pour réinventer le vivant

Louis-Albert de Broglie ne choisit pas La Bourdaisière par hasard. Il est immédiatement séduit par la stratification du domaine : les douves du XIVe siècle, les terrasses du XVIe et le potager du XIXe. Après sept années dans le secteur bancaire, avec des missions en Inde, en Amérique latine et à Londres, il change de vie. « Je voulais en faire un lieu laboratoire », raconte-t-il. Un laboratoire consacré à la Nature, à l’Art et à l’Éducation, mais aussi aux anciennes variétés de fruits et de légumes. Le château devient progressivement un terrain d’expérimentation. Un endroit où l’on peut apprendre, observer et surtout remettre les mains dans le vivant.

Conservatoire de la Tomate : La tomate Bonne Fée, l'une des 785 varités
Conservatoire de la Tomate : La tomate Bonne Fée, l’une des 785 varités

Plus de 785 variétés de tomates pour défendre la diversité

Le Conservatoire de la Tomate naît en 1993. En deux ans, la collection passe de quelques dizaines à plus de 300 variétés. La démarche surprend alors. Elle intervient dans un contexte marqué par la vache folle, les alertes à la dioxine et les inquiétudes autour de la « malbouffe ». Louis-Albert de Broglie veut montrer une autre image de la tomate. Pas seulement le fruit rouge, calibré et standardisé. Mais une profusion de formes, de couleurs et de goûts. « Le mensonge du fruit rouge », comme il le décrit, a selon lui largement servi l’industrialisation. À La Bourdaisière, la tomate retrouve au contraire sa singularité. Chaque variété raconte une histoire, un territoire et une manière différente de manger.

À La Bourdaisière, Louis Albert de Broglie présentant le livre sur le Conservatoire de la Tomate sorti aux éditions Ulmer
À La Bourdaisière, Louis Albert de Broglie présentant le livre sur le Conservatoire de la Tomate sorti aux éditions Ulmer

Un livre sur le Conservatoire de la Tomate primé

Cette philosophie irrigue le livre « Le Conservatoire de la Tomate », paru aux éditions Ulmer, signé Louis-Albert de Broglie et Nicolas Toutain. L’ouvrage raconte l’histoire du Conservatoire, mais aussi les gestes qui permettent de cultiver les tomates, du semis à la récolte. Il présente une sélection de 50 variétés et propose des recettes. La botanique y rencontre la gourmandise. C’est tout l’esprit de La Bourdaisière : connaître pour mieux apprécier. Et apprécier pour mieux préserver. Louis-Albert de Broglie revendique cette approche depuis longtemps. Dans sa « petite approche philosophique de la tomate », il reprend une idée de la paysagiste anglaise Gertrude Jekyll : « Cultiver l’utile et l’agréable ». La formule pourrait résumer à elle seule son hédonisme végétal. Le prix P.J. Redouté vient aujourd’hui distinguer cet ouvrage qui raconte cette aventure avec autant de curiosité que de plaisir.

Le Bar à Tomates

Le Bar à Tomates, futur temple de l’hédonisme

Le prochain chapitre sera à déguster. Le Bar à Tomates ouvrira au printemps 2027, dans une nouvelle serre située au sud du Dahlia Color, près de la serre du XIXe siècle. Le lieu réunit un restaurant, un bar, une bibliothèque consacrée à la tomate et le bureau du chef jardinier, Nicolas Toutain. Mais l’idée dépasse le simple restaurant. Depuis 2025, une parcelle voisine est déjà consacrée à la production de tomates pour les besoins du domaine et la transformation. Jus, soupes, confitures, chutneys ou bière à la tomate permettent de prolonger la saison. L’objectif est aussi de limiter le gaspillage dans une logique d’économie circulaire. Transformer le surplus, conserver les récoltes et retrouver plus tard les saveurs de l’été. Une manière très concrète de poursuivre « le bonheur des saisons ».

Une boutique dédiée à la tomate sous toutes ses formes à déguster
Une boutique dédiée à la tomate sous toutes ses formes à déguster

Réenchanter les territoires par la Nature, l’Art et l’Éducation

La tomate n’est finalement qu’un point de départ. Louis-Albert de Broglie défend une vision plus large des territoires. Avec Ferme d’Avenir, cofondée avec Maxime Dortan, il s’intéresse aux micro-fermes et à leurs « externalités positives ». La terre, la santé, l’emploi, l’éducation, l’économie et le paysage. Six dimensions qui permettent de mesurer autrement la valeur d’un projet agricole. La même logique traverse Deyrolle, institution scientifique et pédagogique qui existe depuis 1831, et les expositions présentées à La Bourdaisière, de « Dessine-moi ta planète » aux « Leçons d’anatomie ». Dans cette dernière, la troisième année s’intéresse au fait de « bien bouger, bien se nourrir, bien dans sa tête ».

« Il faut réinventer des territoires nourriciers et bienveillants », défend Louis-Albert de Broglie. La Bourdaisière veut en être le démonstrateur. Un lieu où l’on cultive la biodiversité, mais aussi une certaine idée du partage. Ici, l’hédonisme devient une manière de se connecter au vivant afin de mieux habiter le monde.

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