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dimanche 20 septembre 2026
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[Éd. Grasset] « Jean & Romain » de Myriam Anissimov

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Image générée par IA montrant Jean Seberg et Romain Gary

Jean et Romain… Cela sonne comme une romance. Celle de Jean Seberg et Romain Gary, l’actrice au visage d’ange et l’écrivain prolixe, l’un des couples mythiques de ces années 1960 qui n’en manquaient pas, d’Elizabeth Taylor et Richard Burton à Brigitte Bardot et Roger Vadim. Une promesse de l’aube. Et pourtant ! Sous la plume de Myriam Anissimov, dont les éditions Grasset publient Jean & Romain en cette rentrée littéraire, le mythe vole en éclats. C’est à la chronique d’un désastre annoncé que nous assistons, emportés par l’irrépressible tourbillon de la déchéance.

Tout avait pourtant bien commencé, comme dans un conte de fées. Elle, l’égérie au charme hollywoodien débarquée de son Iowa natal pour devenir l’icône de la Nouvelle Vague dans À bout de souffle ; lui, le diplomate chevronné, héros de la France libre et Prix Goncourt au magnétisme fauve. Sur le papier, leur rencontre au consulat de France à Los Angeles, en 1959, ressemble à une consécration. Elle quitte son premier mari pour ce démiurge de vingt-quatre ans son aîné. Lui se laisse griser par sa grâce enfantine. Mais la grande force du récit de Myriam Anissimov est de nous rappeler que l’illusion ne tient que par notre désir de fabriquer du mythe. Car la fêlure qui fera tout basculer constituait la pierre angulaire de leur union.

« Les malades mentaux me font penser à du cristal très fin, trop fin pour être touché. » Jean Seberg

Dès les premières pages, le piège se referme. À la névrose de Gary – cet adolescent prolongé habité par le fantôme de sa mère Mina, perpétuellement en quête de reconnaissance et hanté par la peur de l’épuisement créatif – répond l’extrême vulnérabilité de Jean Seberg. Elle est une âme troublée, façonnée puis abîmée par l’industrie du cinéma qui la maltraite, en quête perpétuelle d’une figure rassurante qu’elle pense trouver chez chaque homme croisé sur son chemin, de Clint Eastwood à Carlos Fuentes. Une succession de passions et de naufrages.

C’est précisément cette mécanique intime que Myriam Anissimov s’attache à démonter. Biographe reconnue de Romain Gary, l’autrice avait déjà rencontré les témoins et épluché les archives disponibles. Avec Jean & Romain, elle resserre l’enquête autour de l’histoire d’amour. Elle réinscrit la trajectoire du couple dans le contexte politique et social des années 1960 et 1970. Et on observe ainsi, sidéré, l’engagement de Jean Seberg auprès des minorités, en particulier les franges les plus radicales de la cause noire américaine, comme les Black Panthers. Broyée par les opérations de déstabilisation psychologique du FBI de J. Edgar Hoover qui voit d’un mauvais œil ce soutien médiatique, l’actrice sombre peu à peu dans l’alcool et dans une paranoïa irréversible. « Elle entendait son frigo lui parler », écrit ainsi Myriam Anissimov. Quant à Gary, absorbé par ses propres abysses, il se perd dans un double jeu littéraire qui donne naissance au fantôme d’Émile Ajar. « Tu ne sais pas ce que c’est d’aimer une femme que tu ne peux ni aider, ni changer, ni quitter », confiera-t-il à Carlos Fuentes.

Ce que le récit collectif a transfiguré en mythe n’était en définitive, pour Myriam Anissimov, que la collision de deux solitudes condamnées à se détruire. Deux êtres qui, chacun à leur manière, auront passé leur vie à se réinventer sans jamais parvenir à se sauver. La thèse, très étayée, est convaincante. Pour autant, si la finesse de l’analyse et la précision documentaire de l’autrice séduisent, on peut s’interroger sur l’accumulation des détails intimes révélés qui finissent par instiller une gêne. Jusqu’où peut-on aller dans l’exhumation d’une vie privée lorsque les principaux intéressés ne sont plus là pour répondre ? Quoi qu’il en soit, la descente aux enfers s’achèvera pour l’actrice en 1979 au fond d’une voiture, rue du Général-Appert, à Paris, laissant derrière elle de très nombreuses zones d’ombre. L’écrivain, lui, se suicidera un an plus tard, tirant sa révérence littéraire dans une lettre d’adieu : « Je me suis enfin exprimé entièrement.»

Aude Seyssel

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