
13 %. Ce chiffre continue de frapper comme un rappel brutal de l’histoire longue de l’exclusion : selon l’étude publiée en 2025 par le Center for the Advancement of Women de Mount Saint Mary’s University, seules 13 % des œuvres conservées dans les collections permanentes de 18 plus grands musées américains sont signées par des femmes. Autrement dit, dans les institutions qui structurent le récit mondial de l’art, près de 9 œuvres sur 10 demeurent des créations réalisées par des hommes. Et pourtant, le paysage change. La question n’est plus de savoir si les femmes artistes progressent dans les grandes expositions internationales : elles progressent. La vraie interrogation porte sur le rythme, la profondeur et la durabilité de cette transformation.
Les grandes foires et manifestations internationales ont commencé à infléchir leurs programmations. Selon un rapport de Art Basel & UBS Global Art Market daté de 2024, présenté lors de Art Basel, les femmes représentaient environ 39 % des artistes exposés dans les galeries participantes, un niveau qui peut atteindre près de 48 % dans certaines foires américaines comme l’Armory Show. Ces chiffres étaient encore inférieurs à 30 % au début des années 2010. L’évolution est tangible. Elle traduit à la fois une pression institutionnelle, une vigilance accrue des commissaires d’exposition et une transformation du marché. Les galeries de premier plan intègrent davantage d’artistes femmes. Les collectionneuses jouent un rôle moteur. Les foires internationales, sensibles aux débats publics, mettent en avant des pratiques curatoriales plus équilibrées. On n’est plus dans l’exception symbolique ; on observe un rééquilibrage progressif. Certes, la parité n’est pas acquise partout, mais le simple fait que certaines foires frôlent les 50 % constitue un tournant historique.
87 % des artistes présents dans les collections sont des hommes.
Ce tournant reste toutefois fragile dès que l’on quitte le terrain de l’événement pour celui des collections permanentes. Les chiffres publiés par Mount Saint Mary’s University révèlent un écart vertigineux entre visibilité contemporaine et héritage institutionnel. Le National Museum of Women in the Arts, qui documente ces inégalités depuis des décennies, insiste sur un point crucial : l’histoire de l’art telle qu’elle est accrochée aux murs reste profondément déséquilibrée. La programmation temporaire peut évoluer rapidement ; les collections permanentes, elles, cristallisent les choix passés. Corriger ces choix demande des acquisitions coûteuses, une réécriture des cartels, une révision des narrations curatoriales. Cela suppose une transformation structurelle. On ne répare pas des siècles d’exclusion en une décennie. Les expositions monographiques consacrées aux femmes entre 2008 et 2020 représentent moins de 15 % du total dans 31 grandes institutions.
Le marché de l’art confirme cette dynamique contrastée. Les femmes artistes représentent environ 39 % des ventes en galerie sur le marché primaire selon le rapport Art Basel & UBS. Mais leur part chute lorsqu’on observe le marché secondaire et les enchères internationales : environ 22 % de la valeur globale. Les records à plusieurs dizaines de millions de dollars restent largement masculins. Selon les analyses Artprice 2025, moins de 5 % des artistes ayant franchi le seuil des 10 millions de dollars aux enchères sont des femmes. Le haut du marché demeure verrouillé par un canon historiquement masculin. Ce verrouillage financier n’est pas anodin : la valeur marchande influence les acquisitions muséales, les prêts institutionnels et la reconnaissance critique. Pourtant, là aussi, une inflexion se dessine. Les collectionneuses augmentent leur part dans les achats majeurs. Les galeries investissent dans la carrière longue d’artistes femmes. Les musées commencent à consacrer des budgets spécifiques aux acquisitions correctrices. Le système ne s’effondre pas ; il se reconfigure. Lentement, mais méthodiquement.
Dans ce mouvement, le rôle des associations et des réseaux est déterminant. AWARE, en France, documente et rend visibles des artistes oubliées ou marginalisées, offrant aux commissaires des ressources scientifiques solides. Le National Museum of Women in the Arts poursuit son travail de plaidoyer international en publiant des données qui empêchent toute complaisance. Les Guerrilla Girls, depuis les années 1980, continuent de rappeler par l’ironie et la statistique que la représentation féminine ne peut être réduite à un effet de mode. Ces structures influencent désormais les politiques publiques, les stratégies curatoriales et même les critères d’évaluation des institutions. Elles ont transformé le débat en enjeu mesurable. Les chiffres ne sont plus anecdotiques ; ils sont devenus un outil politique.
Top 10 des femmes artistes en 2025
| Artiste | Œuvre | Prix record 2025 (€) |
|---|---|---|
| Frida Kahlo | El sueño (La cama) | ≈ 50 300 000 € |
| Marlene Dumas | Miss January | ≈ 12 500 000 € |
| Jenny Saville | Propped | ≈ 11 500 000 € |
| Cady Noland | Bluewald | ≈ 9 000 000 € |
| Cecily Brown | Bedtime Story | ≈ 5 700 000 € |
| Simone Leigh | Sentinel IV | ≈ 5 200 000 € |
| Paula Rego | Dancing Ostriches | ≈ 4 000 000 € |
| Suzanne Valadon | Deux nus ou Le bain | ≈ 1 150 000 € |
| Artemisia Gentileschi | David avec la tête de Goliath | ≈ 2 500 000 € |
| Adélaïde Labille-Guiard | Autoportrait (1782) | ≈ 990 000 € |
Sources : résultats d’enchères 2025 (Sotheby’s, Christie’s, Artprice).
Montants arrondis selon taux de conversion moyen 2025.













