Dans la région du pays d’Auge, en Normandie, le Château de Boutemont enrichit son paysage d’un « labyrinthe de méditation ». Inspiré des tracés ancestraux, notamment celui de la Cathédrale de Chartres, ce parcours invite à une déambulation intérieure autant qu’à une expérience sensorielle.
Depuis leur acquisition en 2020, Johanna Wistrom-Monnier et Bruno Monnier façonnent leur domaine avec une vision claire : faire du château de Boutemont non loin de Lisieux (Calvados) un lieu d’expérience sensible, loin des effets spectaculaires. Elle, d’origine danoise, à la tête de la Fondation Dan Graham et Mieko Meguro Graham est une ancienne figure de la prestigieuse galerie Marian Goodman; lui, est le fondateur de Culturespaces, premier opérateur privé d’institutions culturelles et de centres immersifs en Europe. Tous deux ont choisi une approche presque à rebours de leurs parcours. Ici, pas d’événementiel envahissant, mais une attention au rythme du lieu et de sa maison-forte édifié à la fin du XIVe siècle et classé Monument historique depuis 1927. Pour cette nouvelle saison 2026, le couple a choisi de proposer au public d’arpenter le « labyrinthe de méditation » qui s’inscrit dans cette philosophie : proposer un chemin, sans imposer de récit.
« Toute épreuve initiatique peut être assimilée à un labyrinthe. » Mircea Eliade (1959)
Dans la mythologie grecque, le labyrinthe est indissociable de la figure de Thésée affrontant le Minotaure au cœur de l’espace conçu par Dédale. Pour en sortir, il s’en remet au fil d’Ariane, devenu depuis une métaphore fondatrice : celle du chemin intérieur qui permet de traverser la complexité sans s’y perdre. Mais le « labyrinthe de méditation » de Boutemont s’inscrit davantage dans la tradition médiévale que dans celle de la philosophie antique. À l’image de celui de la Cathédrale de Chartres, il propose un tracé unicursal, c’est-à-dire un seul chemin, sans impasse, qui invite à une progression lente vers le centre, puis à un retour. Ce motif, présent dans de nombreuses cathédrales européennes, était voulu comme un substitut de pèlerinage, une marche symbolique vers Jérusalem.
L’histoire du domaine remonte à l’époque de Guillaume le Conquérant (1027-1087), lorsque le sire de Boutemont érige une première forteresse en bois sur une motte féodale, afin de surveiller la navigation sur la Touques, le fleuve voisin. Un logis seigneurial s’implante ensuite à proximité. Dévasté à la Révolution française, le château sombre dans l’abandon avant de renaître au début du XXe siècle. Une allée majestueuse bordée de cèdres centenaires mène aujourd’hui encore au pont-levis, rappelant cette stratification d’époques.
C’est à cette période qu’intervient le paysagiste Achille Duchêne (1866-1947), auteur de près de six mille jardins à la Belle Epoque. Formé dans la tradition classique française, héritier d’André Le Nôtre, Achille Duchêne modernise le jardin à la française en l’adaptant aux grandes propriétés privées du tournant du XXe siècle. À Boutemont, son intervention structure durablement le paysage : rigueur des axes, maîtrise des perspectives, dialogue constant entre architecture et végétal.

Dans un contexte où nombre de domaines historiques accueillent des sculptures monumentales ou des installations contemporaines, les propriétaires du Château de Boutemont fait un choix radical : celui de l’absence. Aucun parcours d’art, aucune œuvre installée dans le parc, malgré la fine connaissance du couple de la scène contemporaine. On imagine aisément des interventions de Giuseppe Penone, Dan Graham ou Andy Goldsworthy dans cet écrin. Mais ici, le geste est inverse. « L’œuvre d’art, c’est la nature », affirme Johanna Wistrom-Monnier. Une position assumée, presque manifeste, qui redonne au paysage son autonomie et au visiteur sa capacité d’attention.
Informations pratiques Château de Boutemont
Ouverture : tous les jours sauf lundi
Avril – Mai – Juin – Juillet : 11h – 18h
Août : 10h30 – 18h30
Septembre : 11h – 18h
Octobre : 14h – 17h30













