Après un passage remarqué aux Golden Globes, où il s’est imposé comme l’un des grands favoris de la saison, le film Hamnet de Chloé Zhao confirme son ascension en décrochant plusieurs nominations aux Oscars en mars 2026. L’Irlandaise Jessie Buckley a remporté le prix de la meilleure actrice. Un film sensible, entre fiction et réalité historique.
De la mort d’Hamnet à la naissance de la pièce Hamlet en 1603, Chloé Zhao amène la tragique histoire du fils de William Shakespeare au grand écran. La pièce et son célèbre monologue sur le « être ou ne pas être » sont bien souvent connus de tous, mais l’histoire qui a inspiré le dramaturge anglais est ignorée par le plus grand nombre. Le film de Chloé Zhao met en lumière la réalité historique du deuil de William Shakespeare après la mort de son fils, Hamnet Shakespeare. L’histoire avait déjà été contée en 2020 par la romancière irlandaise Maggie O’Farrell dans son livre Hamnet, dont le film de Chloé Zhao est inspiré. Avec une lettre de différence, il est impossible d’ignorer la similitude entre Hamnet et Hamlet. D’autant plus que la mort de l’un a engendré la naissance de l’autre.
« The death of Hamnet and the making of Hamlet » (La mort d’Hamnet et la genèse d’Hamlet)
Qui est la femme restée dans l’ombre du dramaturge et qui a porté la douleur de la perte d’un enfant pendant que William Shakespeare se trouvait à Londres ? Anne Hathaway (1556-1623), renommée Agnès Shakespeare dans le film, et remarquablement incarnée par Jessie Buckley. Les larmes et les cris de désespoir de la mère d’Hamnet viennent saisir le spectateur. Une prestation émouvante qui lui a valu d’être récompensée aux Oscars en tant que meilleure actrice. A 36 ans, la comédienne, également chanteuse accomplie, a dominé la saison des prix, remportant un Golden Globe, un Critics’ Choice Award et un Bafta de la meilleure actrice.
Nappes de cordes étirées, motifs lancinants, silences habités… La musique de Hamnet doit beaucoup à Max Richter, compositeur germano-britannique incontournable de la scène néoclassique contemporaine. Formé à Édimbourg puis auprès de Luciano Berio, il s’est imposé avec des œuvres mêlant écriture classique, textures électroniques et minimalisme répétitif, à l’image de ses partitions pour le cinéma (Ad Astra, Arrival) ou de son projet emblématique Sleep. Dans Hamnet, Max Richter déploie une composition d’une intensité rare. Sa musique épouse les respirations les plus intimes. Elle traduit la douleur sourde du deuil, l’érosion du temps, et confère au récit une profondeur émotionnelle presque physique.
Les décors et la lumière de Hamnet participent pleinement à sa puissance esthétique. Souvent plongées dans une pénombre dense, les scènes retrouvent la matérialité du XVIe siècle, à une époque où la seule source d’éclairage restait la flamme vacillante des bougies. Cette lumière instable, presque organique, sculpte les visages et creuse les ombres, donnant à chaque plan une profondeur picturale proche des maîtres flamands. Loin de toute reconstitution lisse, la caméra privilégie les détails : mains rugueuses, ongles noircis, peaux marquées par le froid et le labeur. Elle s’attarde sur les gestes du quotidien, sur la texture des étoffes, sur la terre incrustée dans les plis de la vie ordinaire. Ce parti pris visuel renforce une impression de vérité presque tactile et inscrit le film dans une forme de réalisme sensible, où la beauté naît précisément de la rudesse du monde représenté.











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