« La soudaineté désirable », chère à André Breton, est dans l’ADN du Surprisier, Boris Vian, maître des télescopages d’idées et des métaphores amusées. Le saviez-vous ? Boris Vian ne se contentait pas d’écrire des chefs-d’œuvre. L’auteur de L’Écume des jours fabriquait aussi son propre vinaigre dans son appartement de la cité Véron. Entre collages surréalistes et chansons cultes, découvrez le portrait d’un génie insatiable.
Boris Vian : l’inventeur au destin foudroyé
Né le 10 mars 1920, Boris Vian reste le maître des métaphores amusées. Cet « ogre-doux » maniait tous les arts avec brio. Il écrivait, dessinait, jouait de la trompette et chantait. La revue littéraire « Octopus- Précis artistique des mots de bouche » consacre d’ailleurs son 7e numéro à ce créateur hors norme. Dans sa cuisine nichée au-dessus du Moulin Rouge, le vinaigrier occupait une place de choix. Vian cultivait cette « soudaineté désirable » chère à André Breton. Il aimait télescoper les idées comme il mélangeait ses ingrédients.
Le mordant du collage : une œuvre inédite
On connaît le musicien et l’écrivain du Déserteur. Pourtant, le « Bison Ravi » était aussi un plasticien gourmand d’images. En 1947, il crée un collage surprenant sur une chemise cartonnée. On y voit un homme à tête de chien, prêt à dévorer le monde. Cette œuvre mélange humour noir et esthétique de polar américain. Vian y assemble des motifs découpés dans du papier glacé. L’image crépite et bouillonne. Elle nous offre une vision décalée de l’effroi, intense et décapante.
De la « tourniquette » à la recette de l’esprit
L’imaginaire de Vian prend racine dans son quotidien d’enfant. Il se nourrissait des fastes culinaires de sa tante Zaza. On retrouve ces souvenirs dans ses écrits célèbres : L’Écume des Jours : des souris dansent au rythme du soleil sur les robinets. La Complainte du progrès : il y chante la célèbre « tourniquette » pour faire la vinaigrette. « Chacun devait composer un poème à partir de rimes imposées. » Sa véritable « tambouille » était celle du langage. À Ville-d’Avray, il pratiquait le jeu des « bouts-rimés ». Pour Boris Vian, la poésie était une recette de l’esprit. Il restera à jamais ce créateur génial et jamais rassasié.