La disparition de la photographe américaine Patricia Caulfield le 16 juillet 2023 remet en lumière le chef-d’œuvre d’Andy Warhol créé en 1964. Derrière la couleur éclatante des hibiscus, se cache l’histoire d’un vol artistique et d’un scandale judiciaire.
Le choc visuel de l’été 1964
New York, juin 1964. Le magazine Modern Photography publie un article technique sur le développement des pellicules couleur. Pour l’illustrer, une page centrale montre de délicats hibiscus flottant sur l’eau. Henry Geldzahler, conservateur au Metropolitan Museum, repère la page. Il montre la photo à son ami Andy Warhol. Le peintre cherche une rupture après ses séries sombres sur les accidents de voiture. Andy Warhol est fasciné par la pureté de la forme. L’artiste recadre le cliché en format carré. Il ne garde que quatre fleurs sur les sept d’origine. La métamorphose commence.
La Factory passe à la chaîne
Dans l’effervescence de la Factory, le processus s’accélère. Andy Warhol utilise la technique de la sérigraphie. Ses assistants, dont le jeune Gerard Malanga, s’activent sur les toiles. L’artiste pousse les contrastes à l’extrême. Les hibiscus perdent leurs détails réalistes pour devenir des silhouettes graphiques. Andy Warhol applique des teintes acryliques vibrantes et des encres fluorescentes Day-Glo. Les variations deviennent infinies. Des fleurs rouges, jaunes ou bleues éclatent sur un fond d’herbe sombre et graphique. L’exposition de novembre 1964 à la galerie Leo Castelli est un triomphe immédiat. Tout le stock s’arrache. Warhol a transformé la nature en produit de consommation de masse.
Le procès qui changea le Pop Art
Le succès populaire cache pourtant un séisme juridique. En 1966, visitant la galerie, Patricia Caulfield découvre ses propres hibiscus qu’elle a photographié dans un jardin de la Barbade. Elle n’a jamais donné son accord. Patricia Caulfield attaque Andy Warhol en justice pour violation des droits d’auteur. Le monde de l’art tremble. C’est le premier grand procès sur la question de l’appropriation et du détournement d’images. Warhol tente d’abord de négocier en offrant des œuvres. Face au refus de la photographe, un accord financier secret est finalement signé hors tribunal. Patricia Caulfield obtient des redevances et un pourcentage sur les ventes. Cette affaire change à jamais la méthode de Warhol. Échaudé par le scandale, le roi du Pop Art décide de n’utiliser que ses propres clichés pour ses créations futures.