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dimanche 10 mai 2026
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Le champagne, l’hédonisme en effervescence

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Affiche Originale, Leonetto Cappiello, Champagne Delbeck, Alcool, Boisson, Bouteille, Bouchon, Liqueur, Mousseux, Maison, Femme, Robe, Belle Epoque, Reims, Marne, 1902

Parcourir l’exposition « Et soudain… le champagne ! », c’est suivre la trace d’un vin devenu symbole d’art de vivre. À Épernay, le musée du vin de Champagne et d’Archéologie régionale raconte, à travers 210 objets, la construction d’un mythe hédoniste. Un récit où la table, le goût et la fête s’entrelacent en miroir de la société française. Du 15 octobre au 6 avril 2026.

« Et soudain… le champagne ! »

Installé dans le château Perrier, le musée du vin de Champagne et d’Archéologie régionale d’Épernay déploie son exposition temporaire dans un écrin architectural du XIXᵉ siècle. Sous la direction de Laure Ménétrier, le lieu conjugue rigueur muséale et plaisir des sens. L’exposition « Et soudain… le champagne ! Représentations, usages et sociabilité », présentée du 15 octobre 2025 au 6 avril 2026, célèbre le 10ᵉ anniversaire de l’inscription des Coteaux, Maisons et Caves de Champagne au patrimoine mondial de l’UNESCO. « Explorer la sociabilité et l’image du champagne, ses représentations et son rôle culturel, c’est ce que propose l’exposition », explique la commissaire. De la table des rois aux affiches Art déco, le champagne s’est bâti comme un langage social.

Du XVIIᵉ siècle à aujourd’hui

Pour comprendre cet enracinement culturel, le musée de Champagne et d’Archéologie régionale d’Épernay a invité l’historien Patrick Rambourg, spécialiste des pratiques culinaires à écrire dans le catalogue. Dans son texte intitulé « De la cuisine à la table, le goût du champagne des années 1670 au siècle des Lumières », il rappelle combien ce vin fut très tôt un signe de distinction. « Tout commence dans les dernières décennies du XVIIᵉ siècle. L’apparition d’un vin nouveau va très vite faire fureur auprès des élites ».

L’association mets-vin

Dans les salons du Grand Siècle, la mousse est promesse d’éclat. L’historien montre que, dès les années 1670, le champagne devient l’un des plaisirs de cour . Le vin est goûté. On l’associe à la cuisine raffinée. « Ce qui distingue le champagne des autres vins, c’est son succès rapide en cuisine. Il sert à parfumer des mets prestigieux. » Ce que montre l’étude de Patrick Rambourg, c’est la double vie du champagne : boisson et ingrédient. Dès le XVIIᵉ siècle, il entre dans les livres de recettes et gagne les tables aristocratiques. Les cuisiniers des Lumières s’en emparent comme d’un signe de modernité. « Si en 1691, le vin de Champagne n’apparaît que dans le corps des recettes, il finira par intégrer les appellations de plats », note-t-il.

Un élément de style

« Filets de truites au vin de Champagne, soles au vin de Champagne, poulets en fricassée au vin de Champagne… » Ce glissement du verre à l’assiette est décisif. Il consacre le vin comme matière de goût. En le cuisinant, on l’élève au rang d’ingrédient noble. Dans Les Dons de Comus (1739), François Marin évoque cette recherche de légèreté qui s’oppose aux lourdeurs médiévales. Cette évolution culinaire accompagne celle des mentalités : « Les chefs des Lumières étaient dans une constante recherche de nouveauté et de créativité. »

Une grammaire du bonheur

Depuis le XIXᵉ siècle, les grandes maisons ont compris le pouvoir du visuel. Les affiches de Cappiello, les campagnes Moët & Chandon ou Veuve Clicquot, les chromos, les cartes postales de fêtes villageoises ou les clichés mondains participent d’un même imaginaire : celui du plaisir partagé. L’exposition accorde une place importante à ces représentations : on y découvre notamment la première affiche de Pierre Bonnard en 1891 – elle aurait inspiré Toulouse-Lautrec – des lithographies, des photographies de dîners de gala, des menus illustrés, mais aussi des extraits de films où le champagne joue son rôle fétiche — des comédies muettes aux publicités télévisées. Le médium évolue, le symbole demeure : l’éclat d’un instant.

Dans cette galerie d’images hédonistes, la bulle devient motif esthétique : sphère de lumière, vibration du temps, métaphore du plaisir fugace. Au terme du parcours, le visiteur comprend que le champagne est moins un vin qu’un langage : une « anthropologie du boire ».

> Pour en savoir + sur le musée du vin et du champagne https://archeochampagne.epernay.fr/

> Découvrir le blog de l’historien des pratiques culinaires et alimentaires Patrick Rambourg http://patrickrambourg.unblog.fr/