La mairie du 17e arrondissement de Paris présente une exposition consacrée à Arman pour les 20 ans de sa disparition. Sous le commissariat de Gérard Bosio, historien de l’art et fin connaisseur des dialogues culturels entre la France et l’Afrique de l’Ouest, le hall-galerie réunit une dizaine d’œuvres choisies pour éclairer la diversité des techniques de l’artiste : tampons, peintures, accumulations et interventions sculpturales. L’ensemble se concentre sur les œuvres qui interrogent les symboles collectifs et la place de l’individu face à eux. À découvrir, jusqu’au 31 janvier 2026.
Ponctué de coups de tampons rappelant ceux des passeports, le drapeau d’Arman (1928-2005) transforme l’emblème national en un lieu de tensions. L’artiste fait ressortir ce que la nation contient d’identités, d’empreintes et de récits politiques. Le commissaire, Gérard Bosio, replace cette pièce dans un horizon plus large. Lui, qui a longuement travaillé sur les échanges artistiques entre Paris et Dakar, rappelle la relation qu’Arman entretenait avec Léopold Sédar Senghor, poète, penseur de la négritude et premier président du Sénégal. Leur dialogue, nourri d’admiration réciproque, abordait la place de l’art dans la construction collective et la nécessité d’un imaginaire partagé.
« Un peuple, un but, une foi »

Gérard Bosio rappelle également les affinités entre Arman, Senghor et Georges Pompidou, dont la politique culturelle a durablement encouragé la circulation des artistes et des idées. Ces échanges invitent aujourd’hui à renouer des liens avec le Sénégal, dont l’histoire artistique moderne reste profondément entremêlée à celle de la France. L’exposition à la mairie du 17e s’inscrit dans cette perspective : relire Arman, c’est relire aussi un réseau de dialogues transnationaux.

Les estampes, bronzes, accumulations présentées ici montrent la puissance du geste d’Arman lorsqu’il manipule les signes. Dans un lieu civique comme une mairie, ce choix prend une résonance particulière : le drapeau, l’administration, la mémoire matérielle deviennent autant de prismes pour interroger ce qui fonde le vivre-ensemble. L’exposition ne se contente pas de rendre hommage à un maître du Nouveau Réalisme ; il rouvre, avec concision, un débat contemporain sur ce qu’une nation choisit de montrer, de transmettre et de transformer.













