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Restauration de la Buvette Cachat : le temple de l’Art Nouveau s’éveille à Évian

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C’est un rendez-vous que les amoureux de la Belle Époque et les passionnés d’architecture attendent depuis des années. Le 21 juin 2026, à l’occasion du solstice d’été et de la Fête de la Musique, la Buvette Cachat d’Évian-les-Bains rouvre ses portes au public. Après une campagne de restauration monumentale, ce chef-d’œuvre de l’Art Nouveau retrouve sa splendeur de « temple de l’eau ».

Sur les hauteurs de la rue principale, sa silhouette est indissociable de l’identité d’Évian (Haute-Savoie). Construite entre 1903 et 1905 par l’architecte Albert Hébrard (1866-1897), la Buvette Cachat n’était pas qu’un simple lieu de dégustation de l’eau pure des sources d’Évian réputée pour ses qualités diurétiques ; elle était le cœur battant du monde thermal, un théâtre de verre et de bois où la haute société européenne venait « prendre les eaux » dans un décor onirique.

Inscrite au titre des Monuments Historiques, la Buvette Cachat est une prouesse technique et esthétique. L’architecture y déploie toutes les volutes de l’Art Nouveau : une structure audacieuse où le béton, alors matériau moderne, se dissimule sous d’incroyables charpentes en bois sculpté. Le regard est immédiatement happé par le dôme central, couronné d’une flèche de tuiles vernissées qui captent les reflets changeants du lac Léman. À l’intérieur, le grand hall est une ode à la lumière. Les vitraux aux motifs floraux et les baies vitrées bombées inondent l’espace d’une clarté tamisée, créant une atmosphère de serre luxueuse. Au centre trône l’allégorie de la source : la célèbre statue « Apothéose de la source Cachat » de Louis-Charles Beylard (1843-1925), dont la restauration souligne aujourd’hui la finesse du marbre.

« La Buvette Cachat EST LE JOYAU ARCHITECTURAL du diamant alpin », Vincent Delaitre, directeur de Evian Tourisme

La réouverture de la Buvette Cachat marque l’aboutissement d’un chantier colossal dirigé par Didier Repellin, architecte en chef des Monuments Historiques. Ce projet de plus de 12 millions d’euros a mobilisé les meilleurs artisans d’art, dont le savoir-faire ancestral a été mis au service de la préservation. L’enjeu était de taille : stabiliser la structure tout en respectant scrupuleusement les plans d’origine de 1903. Des bow-windows soufflés à la bouche jusqu’aux carrelages vert d’eau des espaces de repos, chaque détail a été restitué pour effacer les outrages du temps et les modifications malheureuses du XXe siècle. La Buvette Cachat est une œuvre où le bois, en particulier le pin d’Oregon, tient une place prépondérante, tant structurelle qu’ornementale. Les charpentes complexes et les menuiseries intérieures et extérieures, sculptées de motifs floraux caractéristiques de l’Art Nouveau, avaient subi les assauts du temps et de l’humidité.

Les ateliers de restauration spécialisés ont réalisé un travail d’orfèvre.

• Les charpentiers de marine ont œuvré sur la vaste charpente, remplaçant les éléments dégradés à l’identique, en privilégiant des essences de bois similaires pour garantir la stabilité et l’esthétique d’origine. La précision des assemblages, souvent invisibles, assure la pérennité de l’ensemble.
• Les ébénistes et sculpteurs sur bois ont minutieusement restauré les boiseries intérieures et extérieures. Chaque moulure, chaque courbe, chaque détail floral a été repris avec une patience infinie, utilisant des techniques traditionnelles de greffe de bois et de finition pour retrouver la patine d’origine. Les bancs intégrés, les comptoirs de dégustation et les encadrements des fenêtres ont retrouvé leur finesse originelle.
• Les maîtres verriers ont reconstitué les vitraux aux teintes douces, tandis que les miroitiers ont recréé les impressionnantes baies vitrées bombées, véritable prouesse technique d’il y a un siècle, qui inondent le grand hall d’une lumière douce et filtrée.

Si la Buvette Cachat retrouve son éclat d’antan, elle le doit aussi à un extraordinaire élan de générosité collective. Dès 2017, la Fondation du Patrimoine s’est emparée du dossier, lançant une vaste souscription nationale pour pallier l’urgence sanitaire de l’édifice, alors menacé par des infiltrations et l’usure structurelle. Cette campagne a permis de fédérer non seulement la ville, des mécènes institutionnels et des entreprises locales, mais aussi des centaines de particuliers, habitants d’Évian ou amoureux du patrimoine thermal. Ce financement participatif a été le levier indispensable pour financer les lots les plus délicats de la restauration, notamment la restauration de la charpente en bois exotique et des tuiles vernissées; la réfection des vitraux historiques, véritables dentelles de verre; et le sauvetage complet des boiseries ornementales, dont beaucoup avaient souffert de l’humidité. Le projet a d’ailleurs reçu un coup de projecteur majeur en étant sélectionné par la Mission Patrimoine (portée par Stéphane Bern), bénéficiant ainsi des fonds issus du Loto du Patrimoine. Ce soutien massif témoigne de l’importance de la Buvette Cachat : elle n’est pas seulement un vestige du passé, mais un bien commun dont la sauvegarde est devenue une cause nationale.

La Buvette Cachat accueille désormais un Centre d’Interprétation de l’Architecture et du Patrimoine (CIAP). Ce nouveau pôle culturel permet aux visiteurs de comprendre l’histoire fascinante du thermalisme et l’évolution urbaine de la ville d’eaux. Concerts bi-quotidiens comme autrefois, à la Belle Époque. Plus qu’un monument sauvé, c’est une pièce maîtresse de l’art de vivre français qui reprend vie. Évian prouve une fois de plus que son patrimoine est un écrin vibrant pour la création contemporaine.

Informations pratiques :
• Réouverture : 21 juin (inauguration officielle et accès au public)
• Lieu : 19 rue nationale, Évian-les-Bains
• À voir : La statue de Beylard, les vitraux de l’Atelier Parot et la charpente ajourée, témoins du génie des compagnons