Accueil ARTS & CULTURE MASTERPIECE Art contemporain : 10 œuvres marquantes contre le racisme

Art contemporain : 10 œuvres marquantes contre le racisme

0
55
Kehinde Wiley, "Martyr chrétien Tarcisius" (2008)
African American Flag (1990) – David Hammons

L’art a toujours été un miroir tendu aux injustices de la société, et face au racisme, certains artistes contemporains utilisent leur notoriété pour frapper fort et marquer les esprits. Voici une sélection de 10 œuvres d’art majeures, qui dénoncent avec une force rare les discriminations raciales et l’héritage colonial.

African American Flag (1990) – David Hammons (États-Unis, 1943)

Créée en 1990 mais devenue une icône absolue lors des récents mouvements Black Lives Matter, cette œuvre réinvente le drapeau américain en utilisant les couleurs du drapeau panafricain (rouge, noir, vert).
• L’impact : David Hammons interroge la place de l’identité noire au sein de la nation américaine. C’est une œuvre de réappropriation symbolique qui demande : « À qui appartient ce pays ? ». Elle est aujourd’hui exposée de manière permanente à l’entrée du MoMA à New York.

Climbing Down (2004) – Barthélémy Toguo

Climbing Down (2004) – Barthélémy Toguo (Cameroun, 1967)

Basé entre Paris et Bandjoun, Barthélémy Toguo utilise la performance et le dessin pour dénoncer l’absurdité des frontières et le traitement des corps noirs lors des contrôles migratoires. L’œuvre est une installation composée de lits superposés en bois, sur lesquels sont empilés d’énormes ballots de tissus colorés (souvent appelés « sacs de migrants »). Les lits évoquent les dortoirs de fortune, la promiscuité des foyers de travailleurs immigrés ou les centres de rétention. Le titre suggère une chute de statut social. Les ballots représentent tout ce que l’exilé possède, mais aussi le poids du racisme économique.
• L’impact : Les sacs, bien que colorés, sont le symbole d’une vie prête à être déplacée ou expulsée à tout moment.Le visiteur est confronté à la précarité de ceux que la société marginalise.

Ghost (2007) – Kader Attia

Ghost (2007) – Kader Attia (Seine-Saint-Denis, 1970)

Lauréat du prix Marcel Duchamp en 2016, Kader Attia explore le concept de « réparation ». Dans ses installations, il confronte souvent les traumatismes de la colonisation aux blessures physiques de l’histoire (comme les « Gueules Cassées » de la Première Guerre mondiale). Ghost est une installation qui évoque une assemblée de femmes en position de prière. Composées à partir de corps moulés avec du papier d’aluminium alimentaire, les sculptures ont un caractère froid et industriel. Laissées vides à l’intérieur, elles posent la question de la négation de l’individu.
• L’impact : Entre dévotion et exclusion, contemplation et vulnérabilité, cette multitude d’entités fantomatiques représente pour l’artiste une synthèse de sa réflexion sur l’articulation entre l’art politique et la réalité quotidienne.

Kehinde Wiley, « Martyr chrétien Tarcisius » (2008)

Christian Martyr Tarcisius (2008) – Kehinde Wiley (États-Unis, 1977)

Célèbre pour avoir peint le portrait officiel de Barack Obama, Kehinde Wiley s’est fait une spécialité de réinterpréter les chefs-d’œuvre de la peinture classique européenne (le style « Old Master ») en y plaçant des jeunes hommes et femmes noirs rencontrés dans la rue. Christian Martyr Tarcisius (ainsi que The Virgin Martyr St. Cecilia) faisait partie de la série à grande échelle DOWN (2007-2009) de Wiley, inaugurée en novembre 2008 à la galerie Deitch Projects à Soho, New York. La série DOWN est une représentation par Wiley de figures déchues de l’histoire de l’art, notamment Jésus-Christ, Morpheus de la mythologie grecque, Sainte Cécile, Tarcisius et les soldats de la guerre civile, avec de jeunes hommes noirs comme sujets.
• L’impact : En utilisant les codes du pouvoir et de l’aristocratie (dorures, poses héroïques) pour représenter des personnes marginalisées par le racisme systémique, Wiley combat l’invisibilité des corps noirs dans l’histoire de l’art et exige pour eux une dignité souveraine.

Naming the Money (2004) – Lubaina Himid (Zanzibar, 1954)

Première femme noire à remporter le prestigieux Turner Prize, Lubaina Himid a marqué l’art européen avec ses installations de figurines en bois découpé grandeur nature.
• L’impact : Naming the Money représente 100 serviteurs noirs des cours européennes du XVIIIe siècle. L’œuvre leur redonne un nom, un métier (comptable, musicien, herboriste) et une humanité, dénonçant leur réduction historique à de simples « accessoires » de luxe par les élites blanches de l’époque.

« Nelson’s Ship in a Bottle » (2010), Yinka Shonibare

Nelson’s Ship in a Bottle (2010) – Yinka Shonibare (Nigeria, 1962)

Cet artiste anglo-nigérian est célèbre pour son utilisation du tissu « wax » (souvent perçu comme africain, mais aux origines indonésiennes et hollandaises) pour habiller des scènes de l’histoire européenne.
• L’impact : En plaçant une réplique du navire de l’amiral Nelson sur la place de Trafalgar à Londres, mais avec des voiles en wax, Yinka Shonibare rappelle que la grandeur impériale britannique est indissociable du commerce colonial et de l’esclavage. Il déconstruit l’idée d’une identité « pure » pour célébrer l’hybridation culturelle.

Ten Thousand Waves (2010) – Isaac Julien

Ten Thousand Waves (2010) – Isaac Julien (Royaume-Uni, 1960)

Isaac Julien est un pionnier de l’installation vidéo. Ses œuvres, d’une esthétique sublime, traitent souvent des conséquences tragiques des migrations mondiales et du racisme économique.
• L’impact : Bien qu’il s’intéresse à toutes les formes de racisme, ses films explorent la manière dont le capitalisme mondialisé déshumanise les travailleurs racisés. Il crée des ponts visuels entre les récits de la diaspora noire en Europe et les nouvelles luttes identitaires, transformant le cinéma en un outil de justice sociale.

« A Subtlety », Kara Walker (2014)

A Subtlety ou The Marvelous Sugar Baby (2014) – Kara Walker (États-Unis, 1969)

En 2014, dans une raffinerie de sucre désaffectée de Brooklyn, Kara Walker a érigé un sphinx colossal de 22 mètres de haut, recouvert de 73 tonnes de sucre blanc et arborant les traits caricaturaux des femmes noires dans l’imagerie coloniale (« la Mammy »). L’artiste afro- américaine, Kara Walker, classée par Times magazine comme l’une des cent personnes les plus influentes du monde en 2007.
• L’impact : L’œuvre confronte le spectateur au lien historique entre la traite négrière et l’industrie sucrière. En utilisant le sucre, un produit de luxe autrefois cultivé par des esclaves, Kara Walker rend visible l’exploitation brutale qui se cache derrière la « douceur » de la consommation moderne.

This is America / Childish Gambino (2018) – Donald Glover (États-Unis, 1983)

Bien qu’il s’agisse d’un clip vidéo, cette œuvre de 2018 est analysée par les historiens de l’art comme une performance de « video-art » complexe et multidimensionnelle.
• L’impact : À travers une chorégraphie hypnotique qui masque des scènes de violences policières et de fusillades en arrière-plan, Donald Glover dénonce la manière dont la culture populaire consomme le divertissement noir tout en ignorant la violence réelle subie par la communauté. C’est une critique cinglante de l’hypocrisie sociétale face au racisme.

Roméo Mivekannin, « Les Noces » (2022)

Les Noces (de la série Visions d’Afrique) (2022) – Roméo Mivekannin (Côte d’Ivoire, 1986)

L’artiste franco-béninois utilise des draps anciens, souvent tachés ou usés, qu’il plonge dans des bains de plantes et d’élixirs pour y peindre des scènes inspirées de l’histoire coloniale ou de l’art classique.
• L’impact : Roméo Mivekannin remplace les visages des figures noires (souvent figurantes ou esclaves dans la peinture classique) par son propre portrait, répété à l’infini. C’est une œuvre de récupération physique et spirituelle. En utilisant des matériaux chargés d’histoire, il ne se contente pas de protester : il exorcise le racisme ancré dans les objets et les images qui décorent encore nos intérieurs européens.

> En savoir plus : Les 5 oeuvres les plus marquantes contre le racisme