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mercredi 20 mai 2026
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Archéologie du futur : l’IA décrypte les tablettes d’argile de l’Anatolie antique

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Une équipe de chercheurs de l’Université de Wurtzbourg en Allemagne et de l’Académie des sciences et des lettres de Mayence a développé un outil d’intelligence artificielle. Cette technologie est capable de reconnaître les variations individuelles des signes cunéiformes gravés sur les tablettes d’argile de l’Anatolie antique. Le travail d’analyse permet d’identifier aujourd’hui la signature stylistique de scribes ayant vécu il y a 3 500 ans.

Une innovation majeure pour l’étude de la culture hittite

Il y a trois millénaires, la civilisation du Proche-Orient ancien utilisait un système d’écriture où des caractères en forme de coins étaient enfoncés à l’aide d’un stylet sur des tablettes d’argile humide. Au fil des siècles, la grande majorité de ces documents durables se sont brisés. Leurs fragments se trouvent aujourd’hui dispersés dans les musées du monde entier. Les spécialistes doivent donc reconstituer ce puzzle géant avant de pouvoir lire les textes complets.

L’équipe scientifique allemande se concentre depuis des années sur la culture hittite, un peuple établi dans l’actuelle Turquie. Les 375 caractères cunéiformes identifiés représentent des syllabes ou des mots entiers. Le portail d’hittitologie de Mayence, créé il y a vingt-cinq ans recense 30 000 fragments de tablettes accessibles en ligne. Palaeographicum marque une nouvelle étape en analysant les photographies numérisées. La base de données compte 70 000 images contenant plus de cinq millions de caractères.

Comment l’intelligence artificielle remplace des jours de travail manuel

L’outil IA base son efficacité sur l’étude de l’évolution historique des écritures manuscrites. Bien que l’écriture cunéiforme soit imprimée avec un stylet, chaque copiste possédait son propre style. Certains retiraient le stylet avec une telle énergie qu’ils créaient des fioritures ornementales, tandis que d’autres utilisaient un espacement très spécifique.

L’analyse de ces détails à l’œil nu s’avère complexe car l’écriture cunéiforme est tridimensionnelle. Selon l’angle de la lumière sur les photographies, les caractères deviennent plus ou moins lisibles. Daniel Schwemer, directeur du département des études du Proche-Orient ancien à l’Université de Wurtzbourg, explique que la comparaison d’un même caractère sur cinq fragments différents nécessitait auparavant trois jours de recherche. L’intelligence artificielle accomplit désormais cette même tâche en cinq minutes. Comme les tablettes hittites ne mentionnent jamais de date, cette précision stylistique permet également de dater les fragments avec une exactitude inédite.

Vers une histoire sociale de la culture écrite hittite

Les bases techniques d’un modèle algorithmique ont ainsi été posées. L’outil continue d’évoluer grâce aux retours de la communauté internationale des hittitologues. L’objectif ultime des chercheurs est désormais d’entraîner l’intelligence artificielle pour qu’elle devienne capable de reconnaître automatiquement l’écriture de chaque scribe individuel.

Le défi reste immense car un même copiste pouvait modifier son style selon son environnement de travail. À terme, cette technologie permettra de retracer la carrière complète de chaque scribe et de rédiger, pour la première fois, une véritable histoire sociale de la culture écrite de cette civilisation antique.