Au Musée de la Chasse et de la Nature à Paris, les animaux n’ont jamais été aussi bavards. Avec Une hirondelle ne fait pas le printemps, Annette Messager investit pour la première fois les lieux. Ici, ça gazouille, ça grogne et ça renvoie l’humain à ses propres plumes. Du 14 avril au 20 septembre 2026.
Le parcours se déploie sur une quinzaine de salles. Il réunit plus de 80 œuvres en dialogue avec la collection permanente. Dans ce face-à-face malicieux entre œuvres contemporaines et trophées d’un autre temps, le bestiaire prend des airs de fable un peu grinçante. L’animal y devient un double, parfois flatteur, souvent dérangeant. Et dans « Le miroir aux alouettes » impossible de tricher : en s’approchant, le visiteur se retrouve littéralement dans l’œuvre. Drôle d’oiseau ? Peut-être bien. Mais surtout, drôle de moment où l’on réalise que, dans cette ménagerie, la bête curieuse… c’est soi.
« Ce sont des dépouilles de l’enfance », Annette Messager
Le langage devenu matière artistique
Les proverbes, souvent liés au monde animal, sont pris au pied de la lettre. Dans son installation Vingt-deux expressions, Annette Messager fait un inventaire des expressions telles que « doux comme un agneau » ou « être le dindon de la farce ». Écrites sur du papier Japon, la série d’expressions réalisée spécialement pour l’exposition fait écho à La Peau de l’Ours. Un cartel « ne pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué » est placé entre les pattes d’un ours blanc… Le décalage entre la douceur des peluches et les animaux naturalisés convoque une tension entre innocence et cruauté. Des chimères animales faisant appel à des expériences humaines.
Car c’est bien là que l’exposition opère : dans ce léger trouble qui s’installe. Derrière les plumes et les pelages, une évidence affleure : l’animal n’est jamais très loin, tapi dans nos gestes, nos postures, nos illusions. Et si une hirondelle ne fait pas le printemps, ici, elle fait au moins vaciller quelques certitudes.