Alors que les sociétés occidentales semblent prisonnières d’une omniprésence numérique, le Musée d’Ethnographie de Genève (MEG) inaugure « Le futur, c’est quoi ? ». Une exposition qui déconstruit les représentations du temps. Jusqu’au 10 janvier 2027.
La flèche ou la roue : l’ontologie du temps en question
Le futur n’est pas une destination, c’est une construction culturelle. Comme le souligne l’exposition, situer le futur, c’est d’abord se situer soi-même face à lui. Dans les sociétés occidentales, le temps est perçu comme une ligne droite vers un progrès technologique infini. Cette vision linéaire, héritée des Lumières, postule que demain sera « plus confortable » qu’hier. Pourtant, le MEG nous invite à découvrir d’autres cosmologies. Pour de nombreux peuples, le temps est une roue, un cycle éternel de morts et de renaissances calqué sur les saisons. Plus radical encore, certaines cultures renversent notre perspective. Le passé est devant nous car il est connu, tandis que le futur, invisible, se trouve derrière notre tête.
L’IA et les réseaux sociaux : le futur est-il déjà écrit ?
À l’heure des algorithmes prédictifs, la question « le futur est-il déjà écrit ? » prend une résonance particulière. Si les outils anciens comme le tarot ou l’oracle à souris cherchaient à « soutirer des informations » au destin, l’Intelligence Artificielle semble vouloir le formater. Le travail de Nicolas Nova (1977-2024), anthropologue et co-commissaire de l’exposition, portait précisément sur ces « cultures numériques ». Ses recherches soulignaient comment nos imaginaires sont « débattus et formatés à un rythme effréné » par les outils numériques. L’exposition met en garde : si nous déléguons notre capacité d’anticipation aux machines, nous risquons de perdre notre « pouvoir d’agir ». Comme le disait Simone Weil en 1936, citée en exergue de l’exposition : « L’avenir, il ne faut pas l’attendre, il faut le faire ».
L’objet comme trace : de l’Omnibot au casque de consentement
L’exposition rassemble 200 objets qui servent de ponts entre les époques. On y croise un robot des années 80 mais dont la complexité a conduit à l’échec. La preuve que « la technologie ne tient pas toujours ses promesses ». À l’autre extrémité, des créations contemporaines nées de la collaboration entre artistes et adolescents. Il y a notamment le Casque de Consentement, une installation qui simule une communication avec les animaux pour savoir s’ils acceptent d’être consommés. Ou encore le Gilet Climatique, un vêtement imaginé pour réguler la température corporelle face au dérèglement de la biosphère. En se libérant de la tyrannie du progrès linéaire, l’exposition nous invite à imaginer un futur « libre et ouvert à tous les possibles ».
Informations pratiques « Le futur, c’est quoi ? », Musée d’Ethnographie de Genève
Horaires Du mardi au dimanche de 11h à 18
Gratuit jusqu’à 25 ans ainsi que chaque 1er dimanche du mois