Les Archives nationales à Paris, consacrent une exposition au testament de Victor Hugo. « Je donne tous mes manuscrits […] à la Bibliothèque nationale de Paris. Elle sera un jour la Bibliothèque des États-Unis d’Europe. », a t-il déclaré.
Victor Hugo, visionnaire
À travers manuscrits, codicilles et documents familiaux, on y (re)découvre un Hugo démiurge. Avant même sa mort, il a tenu à orchestrer lui-même son entrée dans la postérité. À parcourir ces feuillets, où l’auteur des Misérables règle jusqu’à la couleur de son corbillard, c’est une autre dimension qui s’impose. Il est un créateur total. L’écriture et le dessin se relèvent d’un même souffle. Car si Hugo a bâti sa gloire sur la langue, il a aussi peint avec l’encre. Poète, romancier, dramaturge, il était aussi dessinateur, calligraphe, décorateur. Il faisait du papier un champ d’expérimentation absolu. Ses cinq testaments, rédigés entre 1864 et 1881, témoignent de cette exigence. Il a organisé la transmission de son œuvre littéraire, mais aussi préservé ses manuscrits et dessins. Ceux-ci ont en effet légués à la Bibliothèque nationale. Hugo se percevait comme un créateur soucieux d’unir à jamais le verbe et la vision.
Un dernier poème
L’exposition des Archives nationales éclaire son testament de 1881 sous un jour nouveau. Loin d’être une simple formalité administrative, il précise : « Je désire être porté au cimetière dans le corbillard des pauvres ». On y lit la foi, la révolte et la beauté du génie que fut Victor Hugo. Il lègue ainsi ses mots comme on lègue une œuvre d’art. Il écrivait à la fois pour ses héritiers et pour l’humanité.
La scénographie du legs
Derrière la solennité du testamentaire, c’est bien le Hugo dessinateur qui refait surface. Ses dessins sont eux aussi des testaments d’encre. À travers eux, réalisés principalement durant son exil à Guernesey, Victor Hugo se révèle d’une audace stupéfiante. Loin de tout académisme, il invente un univers plastique fait d’encre diluée, de taches, de silhouettes spectrales. Il peint parfois avec des allumettes, des bouts de dentelle, son propre doigt. Il laisse le hasard modeler la forme, bien avant que les surréalistes n’en fassent un principe.
Rêves d’encre
Ses « Burgs », ces châteaux fantomatiques du Rhin, semblent émerger d’un rêve gothique. Ses Taches annoncent l’abstraction, ses ombres portées traduisent un rapport charnel à la nuit. Ce travail du noir et du flou est le miroir d’une pensée politique et métaphysique. Là où le texte dénonce la misère, la peine de mort ou l’injustice, le dessin en explore la part d’indicible. Dans Ecce Lex, un pendu flotte comme un reproche muet. Dans Mushroom, la matière devient brouillard. À chaque fois, Victor Hugo transforme le dessin en acte. Il rêve avec l’encre comme il agit avec les mots.
L’exposition rappelle ainsi que Victor Hugo fut sans doute l’un des premiers artistes modernes à brouiller les frontières entre les arts. Sa pratique du dessin prolonge la quête de ses poèmes. « Je rends à la mer ce que j’ai reçu d’elle », écrivait-il en parlant de son œuvre posthume. Cette phrase vaut aussi pour son œuvre graphique. Aux Archives nationales, entre le codicille de 1881 et les feuilles noircies de ses dessins, on découvre ainsi un Hugo traversé par le désir de faire œuvre du monde. Un legs immense, dont le testament n’est que la dernière page.
Aude Seyssel
INFOS PRATIQUES
Du 12 septembre 2025 au 26 janvier 2026
Du lundi au vendredi de 10 h à 17 h 30 / Samedi et dimanche de 14 h à 17 h 30
Le musée des Archives nationales – L’hôtel de Soubise – 60, rue des Francs-Bourgeois – 75003 Paris