Pendant près de 30 ans, le monde de l’art a vécu avec une énigme. On imaginait une armée d’ombres, un collectif sans visage, ou peut-être un fantôme né de la brume de Bristol. Mais en mars 2026, une enquête de l’agence Reuters affirme avoir levé le voile sur l’identité de Banksy. L’artiste Banksy serait Robin Gunningham, un graffeur britannique originaire de la région de Bristol. Pendant des décennies, la signature au pochoir est apparue sur les murs des capitales occidentales, sur le mur de séparation en Cisjordanie, ou au cœur des maisons de vente. Les images de Banksy dont la fillette au ballon, le lanceur de fleurs, ou encore les rats insurgés ont transformé le street art en phénomène mondial.
L’enquête de Reuters commence dans un dossier presque oublié. En mai 2000, un jeune graffeur britannique est interpellé dans le quartier du Meatpacking District à New York City après avoir modifié un panneau publicitaire de la marque Marc Jacobs. Le procès-verbal de la police mentionne un nom : Robin Gunningham. Le document comporte également une déclaration manuscrite décrivant une démarche artistique proche de celle qui fera la réputation de Banksy. Ce dossier judiciaire constitue l’un des éléments centraux de l’enquête publiée en 2026, qui recoupe ensuite de nombreux indices biographiques reliant le jeune graffeur de Bristol à l’artiste devenu icône mondiale du street art.
« L’anonymat était son œuvre d’art la plus complexe. Aujourd’hui, le cadre est brisé » (éditorial de Reuters, mars 2026)
Le second volet de l’investigation se situe dans un contexte radicalement différent : la guerre en Ukraine. En 2022, plusieurs fresques apparaissent dans des villes détruites par les bombardements, notamment à Borodianka. Parmi elles, une gymnaste réalisant un équilibre sur des décombres devient rapidement une image virale. Selon l’enquête, un homme utilisant le pseudonyme administratif « David Jones », associé à Gunningham, aurait été repéré à la frontière polono-ukrainienne peu avant l’apparition des œuvres. Les journalistes évoquent également le rôle logistique d’un cercle proche de la scène musicale de Bristol, notamment le musicien Robert Del Naja, membre du groupe Massive Attack, longtemps soupçonné d’être lui-même Banksy.
Ces révélations interviennent après trois décennies d’actions artistiques spectaculaires qui ont construit la légende. Depuis les premiers pochoirs réalisés à Bristol à la fin des années 1990, Banksy a multiplié les interventions inattendues : les fresques politiques sur le mur israélo-palestinien en 2005, une résidence clandestine à New York en 2013 avec une œuvre par jour dans la ville, l’ouverture du parc satirique Dismaland en 2015, puis l’hôtel-installation The Walled Off Hotel à Bethléem. L’un des moments les plus célèbres survient en 2018, lorsque l’œuvre Girl with Balloon s’autodétruit partiellement juste après sa vente chez Sotheby’s, se transformant en une nouvelle pièce intitulée Love Is in the Bin. Ce geste transforme une vente aux enchères en performance artistique mondiale.
L’identification présumée de Banksy ouvre désormais une nouvelle phase de l’histoire de l’artiste. Certains collectionneurs s’interrogent : l’œuvre perd-elle de sa puissance si l’on connaît enfin le visage derrière le pochoir ? D’autres estiment que le mystère n’était qu’un outil narratif, et que l’essentiel réside dans la force visuelle et politique des images. Quoi qu’il en soit, la trajectoire de Banksy restera l’un des phénomènes majeurs de l’art contemporain : un artiste clandestin capable de transformer la rue en musée global et de faire dialoguer protestation politique, culture populaire et marché international.
Le compte Instagram de Banksy









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