Cinq Césars en 2024 pour la meilleure musique originale, les meilleurs costumes, les meilleurs effets visuels, le meilleur son ou encore la meilleure photographie. Le Règne animal, film de Thomas Cailley, sorti en 2023 a marqué le cinéma français avec son esthétique.
« C’est très important de les regarder dans les yeux, car Le Règne animal est un film qui traite de la rencontre. » Thomas Cailley
Le Règne animal propose une autre perspective que celles souvent mises en avant dans les films contemporains. Alors que le cinéma nous emmène souvent dans des univers futuristes avec les progrès techniques de l’intelligence artificielle et de la robotique comme dans le film The Creator, Thomas Cailley nous invite à un retour à la nature où les nouvelles technologies deviennent désuètes. La retranscription de ce retour à la nature dans l’audiovisuel est pourtant permise par ces nouvelles évolutions technologiques. Pour rendre les créatures hybrides crédibles, le film fait l’usage d’effets numériques de VFX pour modifier l’image filmée. Les effets spéciaux sont certes importants pour donner des ailes à Fix, un humain-oiseau, mais ils ne priment pas sur le maquillage, les costumes et les prothèses qui transforment déjà les visages pour laisser apparaître un bec ou les corps pour recouvrir la peau humaine d’une peau de reptile.
Le réalisme des mutations est renforcé par les décors qui sont tous réels, le film ayant été tourné en Nouvelle-Aquitaine, et le jeu des acteurs qui ont opéré des changements de comportement pour faire paraître la mutation plus réelle. Ils perdent progressivement l’usage de la parole, la capacité d’écrire ou de faire du vélo. À la manière d’un pacte de lecture en littérature, le spectateur admet la vraisemblance de ce que Le Règne animal décrit en sachant pertinemment que c’est de la fiction.
L’étendue du bestiaire développé par Thomas Cailley dans son film témoigne de l’assemblage de toutes ces réalisations techniques qui confèrent au fictif un certain réalisme. Chez Fix, l’oiseau, ses bras se sont transformés en ailes et ses pieds en pattes d’oiseau, mais le plus marquant, ce sont les quelques plumes qui parsèment son dos et qui donnent à sa peau une forme de chair de poule. Cela donne l’impression d’une mutation génétique réelle comme avait pu l’imaginer Charles Darwin dans sa Théorie de l’évolution, même si, d’un point de vue strictement scientifique, de telles mutations s’étendraient sur plusieurs générations.
La bande originale du film composée par Andrea Laszlo De Simone renforce le réalisme des images. Elle transcrit l’idée d’un retour à l’état sauvage par des jeux de souffles, de silences, de bruits de la nature et de percussions. Le silence est central puisqu’il permet la contemplation et l’écoute des bruits de la nature qui se suffisent à eux-mêmes pour la composition musicale. Les percussions et le souffle permettent d’incarner l’ambiance du film en musique. La respiration, quant à elle, est un motif commun à l’ensemble de la bande sonore. Cette omniprésence du motif du souffle, commun aux êtres humains et aux animaux, est symbolique puisqu’il traduit l’angoisse d’être accepté par l’autre et l’apaisement final du retour à la nature. La respiration ralentit progressivement avant de revenir au silence de la contemplation et de l’écoute.
Fiche technique
Titre original : Le Règne animal
Réalisateur : Thomas Cailley
Scénario : Thomas Cailley et Pauline Munier
Musique : Andrea Laszlo De Simone
Décors : Julia Lemaire
Costumes : Ariane Daurat
Photographie : David Cailley
Son : Niels Barletta, Matthieu Fichet, Fabrice Osinski et Raphaël Sohier
Montage : Lilian Corbeille
Production : Pierre Guyard
Distribution : Romain Duris : François Marindaze, cuisinier-serveur / Paul Kircher : Émile Marindaze, fils de François, lycéen / Adèle Exarchopoulos : Julia Izquierdo, adjudante gendarme / Tom Mercier : « Fix », mutant homme-oiseau, ami d’Émile
Salomé Raucoule













